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©Temple de Chailly

Écouter le culte

A l’occasion du Dimanche des réfugiés, et avec la présence de l’Étincelle, communauté œcuménique de personnes en situation d’handicap, nous accueillerons Erkan et Fatimah de Turquie. Leur histoire d’exil fera écho au récit de Ruth et Naomi. Nos quotidiens peuvent aussi être terriblement bousculés, et il est vital de continuer malgré tout. Mais pas n’importe comment !

Prédication

Référence(s)
2 Corinthiens
Chapitre
4
Versets
8
à
9
Ruth
Chapitre
1
Versets
1
à
7

Prédication dialoguée, ponctuée d'interventions de témoins

Thérèse : Une famine menace de faim et de mort la population. Une stratégie de survie est la fuite vers d’autres horizons, vers des terres plus fertiles. Le récit du livre de Ruth raconte l’histoire d’une de ces familles. 

Aujourd hui encore des millions de personnes sont en déplacement. Imaginez, selon un rapport des nations unies, toutes les trois secondes, deux personnes, qque part dans le monde, quittent leur domicile à cause d’une inondation, sécheresse ou autre catastrophe naturelle. A cela, s’ajoutent les déplacés de guerre et menaces de toutes sortes.

La vie peut être jolie et facile, puis soudainement c’est le basculement.  Erkan et Fatima vous avez dû fuir votre pays à cause d’un coup d’état. 

Fatima : Bonjour, je m’appelle Fatima. Je suis mariée à Erkan. Nous venons de Turquie. Nous vivions à Alanya, une très jolie ville sur la Côte au Sud d’Antalya. Les plages de sable le long de la Mer Méditerranée sont magnifiques. Le fort et les remparts sont témoins de l’histoire.

Nous étions très heureux et amoureux. Nous avons 3 enfants : Buran, 18 ans, Hasfa 16 ans et Esma 14 ans. 

Notre famille élargie ne vit pas loin. Nous avons des amis. Nous sommes confiants. J’ai choisi de laisser quelques années mon travail de technologue alimentaire pour m’occuper de la maison et des enfants. J’aime beaucoup les gens, les fleurs, cuisiner, broder et créer.

Un soir d’été de juillet, mes enfants et mon mari dorment déjà quand je reçois un téléphone d’une amie-voisine. Je vais chez elle prendre le thé et partager un moment d’amitié. Le vent du soir est chaud, les parfums de jasmin et de rose remplissent nos rues. La vie est belle. Merci à Dieu.

Mais voici la mauvaise nouvelle tombe comme un tremblement de terre : tentative de coup d’état. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Mon amie m’explique les risques immédiats : fermeture des magasins, chaos, répression, manque de marchandises…

« Vite Erkan, il nous faut faire des réserves ! Ne pas oublier les couches pour nos deux filles en situation d’handicap » 

Thérèse : cet évènement est un vrai bouleversement. Il y a un avant et un après. Il y a un tout de suite, ici et maintenant impacté, avec un mauvais goût d’urgence !  Fatima, tu le sens tout en ignorant la suite. 

Erkan : Je suis enseignant de mathématiques. J’ai 46 ans. J’aime beaucoup mon pays. Nos familles y vivent et elles nous manquent énormément. Je n’avais jamais imaginé partir. La nuit du 15 au 16 juillet 2016, nos vies ont en effet basculé. Je faisais partie du mouvement du Conseil de la paix, l’Hismet. Nos valeurs sont la foi en Dieu, en la science, au dialogue interconfessionnel et en la démocratie. Nous nous engageons pour le mieux-être de notre peuple.  

Le coup d’état échoué provoque quasi 300 morts et 1500 blessés. Cette mise en scène théâtrale, dramatique et politique provoque des milliers d’arrestations, renvois et menaces.

En effet, le mouvement Hizmet est accusé.  Nous sommes persécutés, arrêtés, torturés. Nous occupons des postes dans la police, l’armée, l’enseignement, la justice, la santé, les médias et le secteur privé. Tout ce que nous avions entrepris et construit est saisi. Nous perdons les infrastructures et notre travail. Je dois subvenir aux besoins de ma famille. Je donne des cours privés. Là encore, je suis menacé. Nous devons nous cacher.  Il est impossible de vivre dans le secret sans revenu.

Je dois fuir comme des milliers d’autres. 3 millions de personnes subissent des pressions épouvantables.

Thérèse : c’est le chaos. Il faut agir. Sauver sa peau, trouver un refuge. Vous cogitez, tentez de trouver des solutions…

Fatima : Oui, nous avons des projets, nous réfléchissons, peut-être en Angleterre ? Il y a des opportunités. Mais trop tard, cela ne marche pas pour nous.

Pendant ce temps, l’argent ne suffit plus aux dépenses. La nourriture, les soins médicaux, tout est trop cher. Heureusement nous sommes chez nous, on n’a pas de loyer. 

Erkan  : Les retours d’informations des compatriotes déjà expatriés vont bon train. Par exemple, en Allemagne, on peut avoir un permis B très rapidement. Ailleurs c’est plus compliqué. Etc...

Nos passeports sont confisqués, impossible de voyager. Je dois payer un passeur et j’embarque pour la Grèce.

Thérèse : Rappelez-vous cette Parole de Paul de tout à l’heure : une autre traduction propose : dans des impasses, mais nous arrivons à passer …  Pour toi Erkan, c’est du vécu ! Le système D !  D aussi comme danger. C’est impressionnant de t’entendre.

Erkan : Oui  Thérèse, c’est difficile pour vous d’imaginer. En Grèce, donc, je reste 12 jours dans un camp de réfugiés de l’ONU.

Ensuite, je viens en Suisse. A Boudry, 3 mois plus tard, je reçois mon permis N, je suis attribué au Canton de Vaud. 11 mois plus tard, Dieu merci, je reçois le permis B, magnifique ! Je peux commencer les démarches pour faire venir ma femme et mes enfants. Les retrouvailles sont pleines d’émotions. Evidemment. Nous sommes dans un centre EVAM à Crissier. Nous cherchons un appartement.

Thérèse : Avant d’entendre une portion du livre de Ruth, imaginez Naomi veuve et sans enfants, elle se lève ! Debout, et en route avec ses belles-filles, demi-tour, case départ. 

Elle veut prendre en mains son histoire, l’assumer avec détermination et  repartir seule. Elle veut prendre congé de ses brus. Une, saisit l’opportunité de recommencer sa vie, de s’offrir un nouveau départ. Puis elle disparait du décor. Il s’agit d’Orpa.

L’autre, refuse de quitter belle-maman en obéissant à je ne sais quelle loyauté enfermante…et on en fait un modèle d’excellence. Il s’agit de Ruth

Les deux femmes, marchent ensemble sur le chemin du retour.

Isabelle : (Ruth 1,19-22) A leur arrivée, tous les habitants sont surpris de les voir. Les femmes du village disent : « Est-ce que c’est Naomi ? » Mais elle leur répond : « Ne m’appelez pas Naomi, la femme heureuse. Appelez-moi Mara, la femme amère, car le Tout-Puissant a rendu ma vie très amère. En partant d’ici, j’étais comblée, je reviens démunie. Dieu s’est tourné contre moi, le Tout-Puissant m’a fait du mal.

Leur retour à Bethléem coïncide au moment de la récolte de l’orge…

Thérèse : Parfois, il n’est pas possible d’éviter d’être rempli d’amertume. Et c’est ok ! C’est souhaitable d’en sortir, de dépasser cette  tristesse mêlée de rancœur, à cause d’un sentiment d’injustice, de cumul. D’abord la famine, puis l’exil, suivi de la mort du mari et celles de ses deux propres enfants. C’est trop dur. Trop c’est trop. Elle a de quoi se sentir abandonnée, malmenée. Amères, d’autres le seraient pour moins.

Une possibilité de transformation passe par la capacité de surmonter, de s’adapter. Soit de se prendre en mains. Ne pas abandonner.  Trouver des stratégies. Respecter ses limites et ses besoins. Convoquer ses ressources. S’autoriser des espaces pour pleurer, pour crier. Demander de l’aide. Supplier pour plus de douceur.  Tout mettre en œuvre pour rester vivant. Et continuer de s’émerveiller pour les clins D’yeux.

Tout cela, c’est devenir résilient.e. 

Et vous êtes des exemples de résilience Erkan et Fatima. Vous voyez volontiers le verre à moitié plein ! Tu  nous racontes la suite Erkan ?

Erkan : Volontiers. Merci !

Nous emménageons à Yverdon. C’est très joli. Il y a le lac, c’est presque aussi beau que la mer.

Buran va en classe d’accueil puis à l’école « normale ». Il est intelligent, très motivé. Il est passionné pour le dessin et joue au basket. Ses sœurs sont placées en institution, à Perceval. Elles s’y plaisent et font des progrès. Nous sommes très reconnaissants. Elles viennent à la maison les weekends.

Je continue d’apprendre le français. Je fais des études pour si possible devenir éducateur social. Je suis le plus vieux de la classe, je me sens jeuneJ 

Je viens juste de passer des examens. Mes diplômes d’enseignant ne sont pas reconnus ici.  Mais je ne baisse pas les bras. Et je sais que Dieu est avec moi.

Thérèse : Et toi Fatima, qu’est-ce qui te rend si pétillante ?

Fatima : Je fais du bénévolat en ville, à l’église et dans le milieu associatif. J’aime beaucoup. J’ai aussi un emploi au service jeunesse et cohésion sociale de la ville. J’adore. Je suis si heureuse. J’aime mes enfants. Je suis fière d’eux. Je garde confiance en Dieu.  

Thérèse : Et si on reprenait un extrait du livre de Ruth ?

Isabelle : (Ruth 2,2 et 3) Un jour, Ruth dit à Naomi : « Laisse-moi aller dans les champs. Je ramasserai les épis derrière quelqu’un qui sera bon envers moi en me permettant de le faire. » Naomi répond : « Vas-y, ma fille. » Ruth part et elle va dans un champ, pour ramasser les épis tombés lors de la récolte. Par chance, la parcelle de terre où elle va appartient à Booz, un parent de la famille d’Élimélek, le défunt- mari de Naomi…

Thérèse  Voilà le héros de l’histoire, Booz, le grand notable, on perçoit déjà un changement positif, une possible issue à l’horizon !

Il s’informe pour comprendre qui est Ruth et sa situation. Il est touché, il devient pro-acteur à ses côtés, avec une approche centrée sur la personne et en même temps centrée solution ! Il nous a devancé le monsieur ! 

Cela suscite une transformation vers un mieux-être. Mais la mise en route de Ruth est indispensable. Rien ne peut être fait sans elle. Et elle a un plan d’action ! Même si soufflé par belle-maman J

D’ailleurs mes amis, vous aussi avez bénéficié de gens formidables à votre arrivée en Suisse. Des personnes prêtes à vous accueillir, vous souhaiter la bienvenue, le shalom, le salam, soit la plénitude !  C’est beaucoup plus que la paix. La plénitude permet un sentiment d'équilibre et d'épanouissement. La personne se sent en devenir.  Comblée, malgré tout, comme loin du stress ou des manques.

Il y a eu les bénévoles Action Parrainages par exemple. Mais aussi cette exceptionnelle, Rachel

Quel écho formidable dans l’extrait suivant :

Isabelle : (Ruth 2,10-12) Ruth dit à Booz « Tu me regardes avec bonté, tu me considères et me reconnais …. et tu t’intéresses à moi qui suis une étrangère. Comment est-ce possible ? 

Il répond : «on m’a conté et reconté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère depuis la mort de ton mari. Tu as laissé ton père, ta mère, ton pays. Et tu es venue vivre au milieu d’un peuple que tu ne connaissais pas du tout avant. Que le Seigneur te récompense pour tout cela ! Sois dans la plénitude. Tu es venue chercher la protection du Seigneur, Dieu d’Israël.

Thérèse Merveilleuse bénédiction. C’est extraordinaire d’être reconnu dans ce que nous sommes. C’est si bon lorsque nos attitudes et nos démarches ne passent pas inaperçues. Etre reconnu dans notre foi, notre confiance, nos doutes comme dans nos demandes de protection, de soutien contribue à notre mieux-être. C’est valable pour tous, gens d’ci et d’ailleurs, réfugiés, paroissiens de Chailly, fidèles de L’Etincelle et auditeurs de la radio ! 

Cela permet malgré tout, de vivre des moments intenses, de se sentir comme plongés dans la bénédiction. Cela se propage comme une douce contagion.

D’ailleurs, on raconte dans le livre :

Isabelle : (Ruth 4,14-16) Les femmes disent à Naomi : béni soit le Seigneur qui ne te laisse plus manquer de rien ! Aujourd hui, il te donne quelqu’un qui pourra prendre soin de toi. Il te fait revivre, il te ranime,  et te soutient dans ta vieillesse. Ton petit-fils deviendra célèbre en Israël.  Ta belle-fille t’aime …» 

Alors Naomi prend l’enfant, son petit-fils, et elle le serre sur son cœur. 

Thérèse : Le petit enfant posé contre sa poitrine. Une image poignante d’amour et de possibles. Tout est à construire. Tout reste à vivre. Je suis retournée plusieurs fois chez la famille Sirma pour préparer notre participation de ce matin. J’ai été très touchée par le débordement d’amour, entre les parents et leurs deux filles. Vous auriez dû vous voir ce spectacle : tous blottis sur le canapé entre rires, élan de tendresse et travail !! Unique.

D’où vous vient cette force de Vie ?

Fatima : de Dieu. Et tu sais, dans l’islam, nos filles en situation d’handicap sont pour nous des clés pour nous ouvrir le ciel ! Moyennant qu’on prenne bien soin d’elles. Elles sont nos rayons de soleil, nous les aimons beaucoup et nous considérons nos trois enfants comme une vraie bénédiction.

Thérèse Amen Merci, beaucoup.

 

Les liens utiles pour aller plus loin :

L’Etincelle : https://www.eerv.ch/presence/solidaire/situation-de-handicap/letincelle

L’Action-Parrainages : https://action-parrainages.ch/