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Pénurie de pasteurs : le Plan P à la rescousse

1 octobre 2026
 
4 min de lecture
La pénurie de pasteurs pointe le bout de son nez partout en Suisse. Du côté alémanique, le Plan P cherche une solution temporaire à cette situation en proposant une formation accélérée des ministres. Les explications du théologien zurichois Thomas Schaufelberger, secrétaire de la Conférence du Concordat, en charge de la formation des ministres réformés outre-Sarine.

« Nous voulons être prêts avant qu’une pénurie de pasteurs, prévisible statistiquement, ne devienne une urgence concrète dans nos paroisses, explique Thomas Schaufelberger. Nous pouvons attendre que des postes restent vacants pendant longtemps sans que personne ne postule, ou nous pouvons, dès aujourd'hui, établir une base légale et préparer une procédure que nous espérons devoir utiliser seulement de manière limitée. Avec le Plan P, la Conférence du concordat a choisi cette deuxième voie. »

Thomas Schaufelberger, quelle est la situation actuelle ?

Nous avons un problème démographique. Le décalage entre le nombre de pasteurs qui partent à la retraite et celui des nouveaux pasteurs va se creuser jusque vers 2040. Nos travaux montrent que dans certaines régions, les postes de pasteurs risquent de rester vacants pendant longtemps. Et un poste vacant dans le ministère pastoral n’est pas anodin : des enfants ont besoin d’être baptisés, des couples se marient, des gens ont besoin d’un service funéraire, des personnes recherchent un soutien pastoral en période de crise, etc.

C’est ici qu’intervient le Plan P…

La Conférence du concordat s’est demandé ce qu’il conviendrait de faire si les voies de formation ne produisaient pas assez de pasteurs. Le plan P est une réponse à cette question. Si la Conférence constate que le besoin en pasteurs des Églises concordataires ne peut plus être couvert, elle peut déclarer une situation de pénurie, ce qui lui permet d’activer le Plan P, mais seulement pendant la période durant laquelle la pénurie est déclarée. Le plan P est donc une solution temporaire à une situation temporaire. Il ne crée pas de nouvelle voie régulière vers le ministère pastoral ; la voie normale reste le cursus complet en théologie universitaire, avec le vicariat d’apprentissage, l’examen pratique, etc.

Mais au fond, que prévoit ce Plan P ?

C’est une formation académique, sur un an, comprenant 60 crédits dans les facultés de théologie des Universités de Bâle ou de Zurich. Nous n’essayons pas de compresser des études complètes de théologie sur une année. Ce ne serait ni possible ni sérieux. Nous concevons une qualification théologique et pratique ciblée pour cette mission. Une première partie de 30 crédits est suivie à temps plein pendant un semestre, le reste étant effectué en parallèle du travail au cours des années suivantes. S’y ajoutent l’introduction à la pratique pastorale, la formation continue, l’accompagnement et une supervision obligatoire. Et cet accompagnement ne se termine pas après quelques semaines…

Quel est le public cible ?

Le Plan P s'adresse aux personnes de 55 ans et plus, pour ne pas créer de concurrence aux voies de formation existantes. Il est donc destiné aux personnes qui ont encore quelques années de carrière devant elles et qui peuvent apporter une expérience professionnelle, une expérience de vie et souvent une longue expérience dans l'Église. Les candidats doivent aussi pouvoir justifier d’une formation académique et être enracinés dans l'Église réformée ; de plus, une Église concordataire doit les recommander et avoir l'intention de les employer. Enfin, ils passent par un processus d'admission comprenant un entretien et une évaluation.

Ces personnes accèdent-elles alors au titre de pasteur ?

La réponse ici est clairement non. Cette distinction est importante sur le plan théologique et canonique. Les vicaires pastoraux ne sont pas ordonnés. Ils ne reçoivent pas de certificat de capacité de choix concordataire. Ils ne sont pas élus comme pasteurs. Ils sont mandatés pour leur service et reçoivent le titre de vicaire pastoral. Il existe toujours une différence entre le ministère pastoral ordonné et une personne qui, dans une situation de pénurie exceptionnelle, assume des tâches pastorales grâce à une qualification particulière.

Et qui paie les coûts ?

Financièrement, le Plan P suit l’idée de la subsidiarité. Les coûts réels de la formation d’un vicaire paroissial ne sont donc pas simplement répartis entre toutes les Églises du concordat. Celle qui est intéressée prend en charge les coûts. Les Églises qui n’utilisent pas le Plan P ne financent donc pas la formation des candidats d’autres Églises. Seules quelques charges communes limitées – par exemple, pour le développement et l’administration du programme – sont à la charge du concordat.

Quel est le calendrier pour le Plan P ?

Actuellement, la révision partielle du concordat est soumise à l'approbation des synodes de toutes les Églises membres. Si, d'ici la fin de l'année, la majorité d’entre eux l’approuve, le nouveau texte fournissant une base légale pour le Plan P entrera en vigueur le 1er février 2027. En juin 2027 au plus tôt, la Conférence du concordat pourrait déclarer l'état de pénurie – à la demande d'une Église. À partir de ce moment-là, les vicaires pourraient être admis et commencer leur semestre complet de théologie à l'automne 2027.