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Collégiale de Neuchâtel (Wikimedia Commons)
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Collégiale de Neuchâtel (Wikimedia Commons)
Collégiale de Neuchâtel (Wikimedia Commons)

Les Églises suisses ratifient la nouvelle Charte œcuménique européenne

2 novembre 2026
 
4 min de lecture
Le 21 novembre, Neuchâtel servira de cadre à l’adoption par les Églises suisses de la version révisée de la Charte œcuménique européenne. Un texte vingtenaire adapté aux défis sociaux et environnementaux actuels.

La justice climatique, la migration, les nouvelles technologies : autant de thématiques qui préoccupent les Églises européennes. Aujourd’hui, elles les intègrent dans les lignes directrices servant de boussole à leur collaboration interconfessionnelle. Des principes affichés dans la Charte œcuménique européenne dont la version actualisée sera ratifiée en Suisse le 21 novembre prochain, une année après sa signature à Rome par les Églises du continent.

La première mouture du texte, adoptée en 2001, à laquelle les Églises suisses s’étaient déjà associées quelques années après son adoption au niveau européen, pointait une série d’engagements que les Églises entrentendaient prendre. Ils touchaient la communion entre elles et leur présence au sein de la société. Mais ce programme était très marqué par le contexte de l’époque, souligne Élisabeth Parmentier, professeure de théologie à l’Université de Genève et vice-présidente de la Communion d’Églises protestantes en Europe au moment de la signature de cette charte : « La préparation de la Charte œcuménique s’est faite dans la foulée de la chute du mur de 1989. C’est donc l’optique de l’Europe en construction, avec ses impératifs de rencontre Est-Ouest, qui dominait les échanges. Il s’agissait en particulier d’associer les Églises orthodoxes, restées durant des décennies derrière le rideau de fer, à d’autres réalités ecclésiales. »

Insuffler un nouveau style

Un quart de siècle plus tard, analyse la théologienne, les réalités politiques et sociales ont bien évolué : « On est désormais dans une Europe désabusée, qui a perdu beaucoup de son idéal. Non seulement les États se replient, mais les Églises aussi. Des entités autosuffisantes se mettent en place, qui ont un accès beaucoup plus difficile les unes aux autres. » C’est pour faire face à ces nouvelles réalités que la Charte œcuménique a donc été revue. Les Églises – qui ont-elles-même perdu de leur prégnance au sein de la société – veulent insuffler un nouveau style à l’œcuménisme, tout en soulignant la culture commune de la coopération chrétienne.

Dans ce document entièrement refondu, les Églises s’engagent à porter une voix chrétienne dans l’espace public. Certaines thématiques assument ainsi une force d’engagement plus marquée que dans la version de 2001 : par exemple le chapitre sur le rapport humain à la création insiste sur l’urgence pour les Églises de soutenir une transition vers un mode de vie plus équitable et durable ; de même, en traitant des rapports aux autres religions, le texte ne craint pas d’appeler à un apprentissage mutuel, « ce qui n’est pas anodin à l’heure où les cloisonnements identitaires, voire les violences intercommunautaires, se font plus fréquents », remarque Florian Lüthi, secrétaire général de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (CTEC), cheville ouvrière de l’adoption de ce texte dans notre pays.

Un texte audacieux concernant la migration

Le passage le plus courageux de la nouvelle Charte œcuménique est celui concernant la migration, observe encore Florian Lüthi : « Dans sa formulation, ce texte s’oppose frontalement aux discours populistes et xénophobes qui gagnent du terrain actuellement en Europe. Les Églises y affirment le soutien dû aux personnes migrantes, notamment aussi en référence à l’histoire millénaire des migrations, dont rend déjà compte le texte biblique. L’hospitalité y est présentée comme un impératif chrétien toujours actuel : un positionnement audacieux alors qu’on observe une recrudescence des mouvements politiques de la droite dure. »

Mais ces intentions, couchées sur le papier, pourront-elles effectivement se traduire en actes concrets ? « Ce texte révisé ne constitue en aucun cas un point d’arrivée, reprend le théologien. Les Églises signataires s’y accordent sur des objectifs à poursuivre : il leur appartient désormais de les implémenter… » D’ailleurs, se réjouit le secrétaire général de la CTEC, « la réception de ce nouveau texte est en fait déjà à l’œuvre, avant même sa ratification en Suisse : les lignes directrices concernant l’intelligence artificielle, publiées par les Églises suisses au mois d’octobre, reprennent la nouvelle Charte œcuménique et s’appuient sur elle pour ouvrir des pistes dans ce domaine. »

L’histoire, source d’inspiration

La ratification de ce texte interconfessionnel européen par les Églises suisses aura lieu dans la collégiale de Neuchâtel, l’année où cet édifice commémore les 750 ans de sa consécration. C’est un signe éloquent aux yeux du pasteur du lieu, également membre du Conseil de l’Église réformée de Suisse : Florian Schubert y voit en particulier un « signe d’espérance » puisque l’édifice, datant du 12e siècle, est « antérieur aux divisions confessionnelles qui séparent les chrétiens encore aujourd’hui. Ce lieu nous rappelle donc notre histoire commune et nous invite à en écrire ensemble la suite. »

Infos pratiques

La ratification de la Charte œcuménique révisée aura lieu le 21 novembre à 15h30 à la collégiale de Neuchâtel. Elle aura lieu au cours d’une célébration publique.

Parmi les représentants d’Églises, on comptera la pasteure Rita Famos, présidente de l’Église évangélique réformée de Suisse ; Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle ; Mgr Frank Bangerter, évêque de l’Église catholique-chrétienne de Suisse ; l’archiprêtre Stefanos Athanasiou, représentant du Patriarcat de Constantinople ; la commissaire Heidi Imboden, pour l’Armée du Salut.