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©Abbatiale de Romainmôtier
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©Abbatiale de Romainmôtier

Si le 21e siècle semble marqué par un certain regain de spiritualité, la soif exprimée par nombre de nos contemporains touche aux expériences sensibles, aux émotions fortes. Le surnaturel – mis en scène ou bel et bien réel – fait le buzz sur les réseaux sociaux. Dans ce contexte, comment recevoir les paroles de Jésus ressuscité qui déclare « heureux » ceux qui croient sans avoir vu ? La résurrection du Christ n’est-elle pas bien plus qu’un événement extraordinaire parmi d’autres ? Et voilà que Jésus ressuscité nous donne sa paix et nous envoie…

Prédication

Référence(s)
Actes
Chapitre
2
Versets
42
à
47
1 Pierre
Chapitre
1
Versets
3
à
9
Jean
Chapitre
20
Versets
19
à
31

S’il est un événement qui pose question depuis toujours à l’intelligence humaine, c’est bien celui de la résurrection ! En effet, comment comprendre raisonnablement ce qui s’est passé ? Certains diront que la science ne peut l’expliquer et que par conséquent cette histoire de relèvement d’entre les morts n’a rien à voir avec le réel. D’autres diront que Dieu peut réaliser ce qui est impossible aux yeux des humains, et qu’il est donc l’auteur de cet événement surnaturel unique : Jésus de Nazareth s’est relevé physiquement de son tombeau. Deux points de vue a priori irréconciliables qui s’expriment souvent de manière très polarisée !

Ce qui est sûr, c’est que depuis Pâques, les gens ne voient plus Jésus, ils ne le rencontrent que par la foi. Et Thomas ? Est-il seulement cet incrédule dont parle la Bible ?

Les portes sont verrouillées… L'évangéliste insiste sur ce détail. Contraste avec le tombeau ouvert, et vide, déjà découvert par Marie de Magdala, Pierre et Jean (20,1). Les disciples, en ce premier jour de la semaine – qui inaugure aussi une ère nouvelle, ne sont pas encore sortis de la foi en la mort. Ils sont encore enfermés la peur. Peur de ceux qui ont tué Jésus, peur de mourir.

à Et voici que, tout à coup, Jésus se trouve au milieu d'eux. Il n'est dit nulle part qu'il passe à travers les portes : il n'a pas besoin d'entrer parce qu'il est déjà là ; mais devenu inaccessible aux sens. Il se rend visible pour rejoindre les disciples dans leurs enfers, dans le tombeau de la peur dans lequel ils se sont enfermés.

Il semble qu'ils ne le reconnaissent pas d'emblée, puisqu'il leur montre ses plaies. Comme si c’était désormais la règle : après la Résurrection, on n'identifie plus Jésus du premier coup. Son corps ne fait plus partie des « objets » de ce monde. Désormais, ce corps ne sera accessible que par le chemin de la foi, des Écritures et des sacrements.

Shalom alehem : la paix soit avec vous ! La formule juive de salutation revient constamment dans les récits des apparitions ; trois fois dans notre lecture. Cette insistance est significative : l'homme et Dieu ne sont plus sous le régime de l'affrontement, symbolisé par la prise du fruit de l'arbre en Genèse 3. Un monde nouveau est là. Dieu et l'humain ne font plus qu'un. Toutes les portes sont ouvertes.

Jusqu'à la Pâque, les gens pouvaient voir Jésus comme un homme qui leur restait extérieur et qui venait les interpeller, les inviter à accueillir l'Évangile du Royaume. Désormais ils ne le verront plus, ils ne le rencontreront que par la foi. Et pourtant il ne leur a jamais été aussi proche : d'extérieur qu'il était, il leur devient intérieur. Il fait corps avec eux, du moins dans la mesure où ils s'assemblent en son nom.

Cette présence du Christ nous est donnée par et dans l'Esprit, le souffle de Dieu, cet Esprit qui est un avec lui, qui nous redira et nous fera comprendre ce que Jésus nous a dit, et qui nous introduira dans la vérité totale.

Jésus souffla sur eux et leur dit : recevez l’Esprit Saint…

Ces versets de notre lecture sont appelés la Pentecôte de Jean, certes moins spectaculaire que celle des Actes, mais destinée à nous faire comprendre que tout est déjà donné dans la résurrection de Jésus.

Les autres récits qui, dans les évangiles, sortent du cadre de ce « premier jour », cherchent simplement à nous faire explorer tout le contenu de l'événement de Pâques et veulent nous faire comprendre que la Nouvelle Alliance scellée dans le Christ, se déploie jusqu'à la fin des temps.

L'Esprit qui nous est donné est comparé au souffle et au vent, signes de vie et d'extrême mobilité. C'est pourquoi Jésus envoie ses disciples de par le monde.

Thomas, celui qui peine à croire…

Les disciples ont cru à la nouvelle présence du Christ à la vue de ses plaies (verset 20). Et il y a Thomas, notre jumeau, en exigeant de voir pour croire, n'est pas très loin d'eux. Car tout le monde, d'une façon ou d'une autre, se range de temps en temps parmi ceux qui veulent des signes pour consentir à croire. 

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus annonce qu'il ne sera donné qu'un seul signe : celui de sa disparition pendant trois jours au ventre de la terre comme Jonas avait disparu trois jours au ventre du monstre marin. Le signe qui est donné est donc la disparition de celui qui est le Signe par excellence ! 

à Jésus vient de disparaître et voici Thomas, représentatif de tous les autres dont il est le jumeau symbolique, au pied du mur. Cela fait huit jours qu’il stagne dans son incroyance. Huit jours : les sept jours qui forment un tout complet (la semaine) plus un huitième qui inaugure des temps nouveaux.

Des temps vraiment nouveaux, car le Christ, qui a si souvent réagi contre ceux qui exigent de voir pour croire, se rend à la décision de Thomas. Jésus ressuscité cède à la demande de Thomas, signe que Dieu rejoint l'humain là où il en est dans ses questions et dans sa difficulté à croire.

Il y a dans ce récit une immense tendresse.

Thomas a-t-il répondu à l'invitation de Jésus, a-t-il touché ses plaies ? Il ne semble pas, mais il s'adresse à lui avec des mots extraordinaires : mon Seigneur et mon Dieu : les deux possessifs «mon» disent tout l'amour du disciple ; et puis surtout le « mon Dieu ». C'est la seule fois dans les évangiles que Jésus est appelé Dieu explicitement, et ces mots sortent du cœur de Thomas, notre jumeau dans la foi.

À sa suite, nous voilà entrainés dans l’accueil d’une confiance qui est au-delà de l’événement extraordinaire si souvent représenté avec faste. La résurrection du Christ concerne d’abord l’intime et le cœur de notre vie, elle relève l’humain et lui donne une espérance que rien ni personne ne pourra jamais enlever : la ténèbre qui redevient lumière, le relèvement de qui trébuche, la vie plus forte que la mort, aujourd’hui et pour toujours.

Christ Ressuscité, tu chemines toujours à nos côtés. Et si, comme ton ami Thomas, nous n’arrivons plus à croire à ta présence, ouvre nos cœurs à une confiance toute simple : oui, dans le mystère de communion qui est ton Corps, l’Église, nous pouvons nous appuyer sur la foi d’une nuée de témoins qui nous entourent. Et tes paroles résonnent : « Oui, heureux celles et ceux qui croient sans avoir vu. »

Souffle sur nous ta paix et ton Esprit Saint qui renouvelle constamment ton amour en chacun de nous. Dans cette confiance nous trouvons la joie. Amen.