
Et si Jésus-Christ n’était pas mort sur une croix ?
Elle est partout : dans les églises et les cathédrales, dans les hôpitaux, dans des livres et sur toutes sortes de bijoux… La croix est omniprésente dans le monde chrétien. Mais la Bible ne la décrit pas. On ne sait donc pas à quoi elle ressemblait.
Au moins deux formes ont coexisté : une croix avec un montant traversé par une poutre horizontale dans sa partie supérieure (dite croix latine, la plus représentée dans l’iconographie) et une croix en forme de T (croix de Tau ou crux commissa). On en trouvait aussi avec des poutres croisées de longueur égale (croix grecque) ou en forme de X, mais il semble que la croix de Tau ait été la plus utilisée par les Romains.
Positions variées
Dans les dernières semaines du siège de Jérusalem, en l’an 70 de notre ère, les Romains crucifiaient jusqu’à cinq cents personnes par jour et ils se seraient montrés très créatifs, testant différentes positions (croix renversées, par exemple). À noter que la partie transversale de la croix est appelée patibulum, d’où l’expression « avoir une mine patibulaire ». En latin classique, ce mot désignait une poutre sur laquelle on attachait un esclave pour le battre à coups de verge. Les condamnés devaient porter cette pièce de bois jusqu'au lieu de leur crucifiement ; là, elle était fixée à l’horizontale sur un pieu fiché dans le sol.
Le crucifiement était la peine suprême : « Les Anciens hésitaient même à parler de ce mode d’exécution, tant il leur paraissait répugnant, affirme Andreas Dettwiler, professeur honoraire de l’Université de Genève. Dans des textes juridiques de l’époque, la crucifixion comptait parmi les peines les plus sévères que sont le bûcher, la décapitation et la condamnation aux bêtes. Le but principal était d’exhiber le rejet définitif du condamné par la communauté civique. »
Croix ou poteau
Mais si Jésus avait été crucifié sur un simple poteau de supplice ? Cette possibilité ne peut pas être totalement exclue. Principal argument en faveur de cette hypothèse : c’est le mot grec stauros, désignant fondamentalement un poteau droit, qui est utilisé dans la Bible (voir Matthieu 27,40 et Jean 19,17). Quant au verbe grec stauroô, qui se traduit en principe par « crucifier », il signifie originellement dresser des pieux, élever une palissade. Dans le Nouveau Testament, on trouve alternativement le mot grec xulon (Actes 5,30 et 1 Pierre 2,24, notamment), lequel signifie « bois », « poutre » ou « arbre ».
Cependant, le mot stauros peut également être employé pour une construction de type croix latine. De plus, on lit dans l’Évangile de Matthieu que pour indiquer le motif de la condamnation de Jésus, une inscription selon laquelle il était le Roi des Juifs fut placée « au-dessus de sa tête » (Matt 27,37). S’il avait été supplicié sur un vulgaire poteau, on l’aurait accrochée « au-dessus de ses mains », car celles-ci auraient été cloutées l’une sur l’autre au sommet du montant.
Des clous au pluriel
Enfin, un troisième élément figure dans l’Évangile de Jean, qui décrit le célèbre moment de doute de Thomas : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son flanc, je ne le croirai jamais ! » (Jean 20,25). Thomas parle de clous au pluriel ; c’est donc qu’il y en avait plusieurs, ce qui suggère une crucifixion bras écartés.
Ce qui est sûr, c’est que le cloutage des mains et des pieds correspond à une réalité historique. Des découvertes archéologiques et des sources documentaires confirment que si les Romains utilisaient parfois des cordes pour les crucifiements en masse, cette pratique était loin d’être rare pour les exécutions singulières. Et contrairement à ce que l’on peut voir dans les représentations traditionnelles, les clous n’étaient jamais plantés dans le creux des paumes, car les mains se seraient déchirées sous le poids du corps, à moins d’être ligotées au patibulum.



