
Les conséquences de l’impunité
Nous sommes face à une guerre contraire au droit international, aux contours messianiques, avec en prime des « décapitations » de haut rang. Une guerre menée pour des motifs peu clairs, qui varient au gré de l’humeur de ceux qui l’ont déclenchée. Elle pourrait s’arrêter demain, comme se prolonger encore quatre ans. Impossible de le prévoir. Une chose, toutefois, est certaine : nous avons sous les yeux l’illustration concrète des effets de la suprématie, de la violence d’État, de la militarisation des relations internationales, des conséquences d’une impunité galopante.
Ne nous laissons pas abuser par l’usage que la propagande de guerre fait de la religion. Dans ces conflits entre quasi-théocraties ou pseudo-théocraties et régimes théocratiques durs et purs, il n’est pas exagéré de parler de « bellicisation » de la religion, d’où qu’elle vienne. Versets bibliques ou coraniques, visions apocalyptiques et symboles religieux resurgissent sans cesse dans la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran.
Or il y a là un problème sérieux : l’exaltation de l’ennemi en termes « religieux » ne connaît aucun principe de proportionnalité. Les « guerres saintes » ne peuvent qu’être totales. Mais, au-delà de la rhétorique messianique, le conflit – qui s’est dangereusement étendu au Liban – demeure une lutte géopolitique de pouvoir, au parfum à peine voilé de néocolonialisme. De ce point de vue, il ne diffère guère de la guerre de Poutine contre l’Ukraine qui – même si elle a disparu des radars médiatiques – se poursuit inexorablement.
Entre-temps, ce que nous avons appris à appeler « guerre asymétrique » produit des blocs commerciaux, des crises énergétiques, une récession globale, mais surtout la mort, et une immense, immense somme de souffrances et de désolation partout où les bombes tombent. Une méga-guerre, avec des répercussions dans les pays du Golfe, dont les effets, y compris environnementaux, nous accompagneront pendant de nombreuses décennies.
Les appels à un cessez-le-feu immédiat de toutes les parties en présence n’ont pas tardé à s’élever du monde œcuménique et des Églises à travers le monde. Nous en avons largement rendu compte début mars sur notre portail voceevangelica.ch. Nous souhaitons évoquer ici la déclaration de la Communion mondiale d’Églises réformées (CMCR), introduite par ce verset du prophète Ésaïe (2,4) : « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des faucilles ; une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre ».
La CMCR a affirmé qu’aucun objectif politique, aucune revendication de sécurité ne peut justifier la destruction de communautés et la perte de vies humaines. Elle a également rappelé les racines historiques du conflit, évoquant les héritages coloniaux, les ingérences extérieures, les luttes pour le contrôle des ressources et l’usage instrumental de la religion, en réaffirmant que démocratie, sécurité et justice ne peuvent certainement pas naître des bombardements. Elle a immédiatement appelé à un retour au dialogue et à une action responsable de la communauté internationale, en indiquant dans la justice, la dignité humaine et l’engagement diplomatique les bases indispensables d’une paix durable au Moyen-Orient.
Le 26 mars, face à l’escalade dangereuse de la guerre, le Conseil œcuménique des Églises a convoqué une journée mondiale de prière pour le Moyen-Orient, afin que les armes se taisent. Nous l’espérons. Joyeuses Pâques.



