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[pas de légende]

« C’était du harcèlement »

La pasteure suspendue la semaine passée par l’Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel (EREN), ainsi que par son employeur actuel, l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), brise le silence. Elle dit avoir été victime de harcèlement de la part de l’auteur de la plainte pénale déposée contre elle. Sous couvert d’anonymat, elle a accepté de répondre aux questions de Protestinfo. La victime présumée n’a pas souhaité témoigner.

- Une plainte a été déposée contre vous pour de graves manquements à la déontologie qui portent atteinte à la dignité pastorale (lire l’article publié le 9 avril par Protestinfo). D’après nos informations, il serait question d’abus et d’emprise spirituelle. Savez-vous qui a porté plainte contre vous?

- C’est une personne que j’ai aimée infiniment. Nous avons eu une relation magnifique pendant un peu plus d’une année. Elle était rayonnante, séduisante ; elle avait beaucoup d'humour, de dynamisme, de joie de vivre.

- Quels sont les faits qui vous sont reprochés ?

- Cette personne me reproche d’avoir abusé de sa vulnérabilité. J’aurais commis sur elle un abus de faiblesse.

- Que s’est-il passé ?

- Je l’avais accompagnée en thérapie pendant deux mois et demi, par téléphone. Au terme de ce délai, elle m’a dit : « Avec tout ce que je vous ai partagé, ne me dites pas qu’on ne va jamais se revoir. Ce serait bien qu'on puisse au moins conserver une amitié. »

- Quand votre relation a débuté, elle était encore en thérapie ?

- Non. Je lui avais expliqué que si elle voulait qu’on reste en contact, la condition était que la thérapie ait pris fin. Et là, elle m'avait dit qu’on pouvait arrêter la thérapie parce qu’elle allait bien. Donc, nous avons convenu de clore le processus. On s’est vues une première fois au restaurant, pour faire mieux connaissance. On s’est revues une semaine plus tard pour aller voir un spectacle avec des amis, que j’avais invités exprès pour éviter de me retrouver seule à seule avec elle.

- Pourquoi ?

- Je sentais de l’attirance entre nous et je n’avais pas envie d’une relation privée avec elle. Mais peu de temps après, elle est venue m’apporter un cadeau chez moi, quand j’étais seule, puis elle est revenue le lendemain et c’est là que notre relation a débuté. Aujourd’hui, je regrette profondément d’avoir cédé. Pour moi, elle n’était pas en situation de faiblesse, car elle était pleinement désireuse que cette relation démarre et elle a tout fait pour.

- Et ensuite ?

- Progressivement, des problèmes sont apparus et j’ai mis fin à la relation, après quand même pas mal de tensions. Dans l’un de ces moments de crise, elle m’avait dit : « En tout cas, si tu me quittes, je te ferai accuser, parce que notre relation a démarré suite à un accompagnement ». Aujourd’hui, on dirait qu’elle se venge.

- Il y a un moment donné où vous avez pressenti que cette histoire finirait ainsi ?

- Non, pas du tout, à part quand elle m’a dit que si je la quittais, elle m’accuserait d’avoir eu une relation avec elle après l’avoir suivie en thérapie. Mais sur le moment, je me suis dit qu’elle ne parlait pas sérieusement.

- De quoi vous accuse l’Église ?

- De ce que j’ai compris, elle me reproche surtout d’avoir mélangé pastorat et accompagnement en sexothérapie – j’ai fait une formation en sexologie pour pouvoir accompagner les gens dans ce domaine, car il me semblait qu’il était important d’intégrer cette dimension dans les processus. L’Église avait même contribué pour moitié au financement de ma formation de sexologue. Non seulement je n’en faisais pas un secret, mais l’Église ne m’a jamais reproché d’avoir une double casquette pendant toutes ces années où j’ai exercé en tant que pasteure et sexologue. J’ai découvert que c’était un problème lorsque l’Église neuchâteloise m’a convoquée suite à la plainte de mon ex-compagne. On m’a également accusée d’en tirer un profit financier. Or, j’ai exercé cette activité pendant mon temps libre, non rémunéré par l’Église. Enfin, j’ai arrêté de donner des consultations depuis que j’ai déménagé dans le canton de Vaud.

- Ce déménagement, c’était avant le dépôt de la plainte ?

- Oui, il n'y avait aucune plainte contre moi. Si j’ai changé de canton, c’était pour échapper au harcèlement de mon ex-compagne. Elle avait acheté un appartement à deux minutes de chez moi, passait constamment à vélo devant mes baies vitrées et allait dans tous les endroits où j’avais mes habitudes, donc je ne me sentais plus libre de mes mouvements. Je me suis dit que changer de canton me permettrait de repartir à zéro. Mais j’étais à peine arrivée sur Vaud qu’elle a essayé de créer des tensions entre moi et une collaboratrice avec qui je m’entendais bien. Maintenant, j’ai deux problèmes : cette plainte et la façon dont l’Église me traite.

- Il paraît qu’il y a eu d’autres plaintes, d’autres victimes présumées…

- La communication de l’Église laisse entendre qu’il y aurait d’autres plaintes, mais je n’en ai pas connaissance. Par exemple, elle m’avait menacée de porter plainte parce que j’avais révélé son homosexualité à deux de mes collègues, qui s’étonnaient qu’elle téléphone souvent à mon travail. J’avais reçu une lettre de son avocat. Le fait est qu’elle cherchait à envahir mon espace professionnel. Elle a continué de me harceler dans le canton de Vaud, où elle m’a suivie, pour faire courir des bruits comme quoi j'aurais commis des abus dans le cadre de mes fonctions. L’Église a commencé à se méfier de moi. J’ai appris qu’elle était passée à la vitesse supérieure en déposant une plainte pénale contre moi quand j’ai reçu de la part du ministère public Neuchâtelois une ordonnance de non-entrée en matière. Elle a fait recours une première fois, puis une seconde fois, et finalement le ministère public a décidé d'ouvrir une enquête. En fait, elle cherche à me nuire par tous les moyens possibles. J’ai été pasteure pendant plus de vingt ans, les gens savent qui je suis et ils pourraient témoigner que je ne suis pas une personne à commettre des abus. Mais l’Église préfère croire mon ex-compagne, qu’elle connaît à peine. Je pourrais accepter qu’on me mette un avertissement ou que je sois momentanément suspendue pour établir les faits, mais il est question de licenciement et d’interdiction d’exercer, sans que je puisse présenter ma version exhaustive des faits.

- Si c’était à refaire, que feriez-vous de différent ?

- Eh bien, clairement, quand cette femme m’a proposé de nous revoir, je ne céderais pas à sa demande. Je serais encore plus stricte dans la séparation entre mon activité professionnelle et mes relations privées.