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Temple de la Chiésaz © Réf-Médias

Écouter le culte

Pour l’ensemble des trois cultes à La Chiésaz, le thème commun est la vie communautaire. Pour ce culte, la question des forts et des faibles questionne les rapports de force de la communauté; qui est vraiment fort ? En regardant au Christ, comment cette force se doit-elle se manifester ?

Prédication

Référence(s)
Romains
Chapitre
14
Versets
1
à
12
Matthieu
Chapitre
18
Versets
6
à
9

Pour un culte radio, je voulais être consensuel, éviter de fâcher du monde. J’ai alors demandé à une amie si elle pensait que le texte lu en accueil risquait de froisser du monde. Elle m’a répondu que je ne devrais pas avoir peur de choquer un peu et que, je cite, « Le Christ n’était pas sur lisse, d’ailleurs c’est pour ça que ça s’est mal terminé ».

Même si nous avons l’habitude de nous émerveiller des miracles et qu’il y a la Résurrection ensuite, la croix rappelle que Jésus ne fait pas l’unanimité. En effet, les évangiles présentent l’exécution comme la conséquence des critiques de Jésus envers les autorités du Temple.

 Dans le premier texte, nous pouvons d’ailleurs mesurer son sens de la nuance, lorsqu’il affirme de celui qui fait chuter un petit « [qu’]il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache au cou une très grosse pierre et qu'on le noie au fond de la mer ». Dans cette situation, nous comprenons la responsabilité des grands et ne nous empressons pas de la revendiquer.

Cette virulence de Jésus contraste avec les mots plus nuancés de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains. L’un parle des petits et l’autre des faibles et tous deux expriment le même souci que la foi des croyants plus vulnérables soit respectée, préservée. Par opposition, les grands ou les forts sont appelés à s’abstenir de faire des vagues, à éviter les scandales qui éloigneraient ces croyants de Dieu.

Quand je lisais ces mots de Paul il y a quelques années, je me posais moins de questions et identifiais spontanément les faibles et les forts. Bien entendu, j’avais également une idée précise de la catégorie où je me classais. Avec les années, certaines évidences se sont atténuées. Est-ce que les forts sont ceux qui ont la foi ancrée et naïve du charbonnier ou ceux qui ont la meilleure théologie ? Est-ce que les faibles sont les moins convaincus ou les plus superstitieux ?

Reprenons les exemples de Paul ; il suggère que le fort sait qu’il peut manger de tout alors que le faible se limite aux légumes. Comme végétarien, je comprends donc que je suis parmi les faibles. En même temps, des personnes me disent qu’elles voudraient faire sans viande mais n’ont pas la force de s’y résoudre. Ensuite, Paul laisse le flou ; est-ce une force ou une faiblesse de distinguer les jours ? Nous pouvons y voir de la superstition mais nous pouvons aussi y voir une belle discipline pour consacrer des jours ou du moins des moments à Dieu.

Comme théologien, j’ai parfois un avis tranché sur ce qui force ou faiblesse mais comme pasteur, je considère que le plus important est l'édification de toute la communauté. Par son développement, Paul se positionne en bon pasteur qui rappelle que chaque croyant adore comme il peut et que le plus important est de nous réunir ensemble devant Dieu. La vraie force est dans la bienveillance et non dans la condescendance ; ceux qui se considèrent comme forts portent alors la responsabilité de ne pas éloigner les faibles de Dieu.

Je vous propose deux pistes pour actualiser cette question.

La première vient d’une expérience que je fais régulièrement dans des rencontres informelles. Lorsqu’un interlocuteur apprend que je suis pasteur, il m’explique parfois pourquoi il croit et plus souvent, pourquoi il ne croit pas. Le point intéressant est l’importance de l’exemplarité ; la principale cause d’incrédulité que j’entends est le comportement de personnes qui assumaient une autorité religieuse. Souvent dans une période délicate, mes interlocuteurs ont préféré couper les liens avec leur paroisse et parfois avec Dieu pour arrêter de souffrir. 

Quand la communauté devient davantage un lieu de blessures que d’édification, il y a effectivement un souci. Et surtout, des critiques qui ont été faites peut-être par maladresse, peut-être par méchanceté, ont vraiment eu pour conséquence d’éloigner des croyants de Dieu. Force est de constater que ceux qui auraient dû protéger des personnes vulnérables n’ont pas su le faire à un moment donné…

Bien entendu, il m’arrive d’avoir des paroles maladroites ou d’exprimer des désaccords. Toutefois, j’essaie d’être très prudent sur les questions spirituelles parce que je sais que comme pasteur, ma parole aura un poids particulier. En début de ministère, ma prière était de ne pas être un obstacle entre les croyants et Dieu. Si malgré ma prière et ma prudence il m’arrive d’être maladroit et de blesser des personnes dans ce qu’elles croient profondément, j’espère qu’elles mettent Dieu à un autre niveau et se fâchent seulement contre moi.

La deuxième piste est la place de l’institution. Comment prendre soin des plus faibles quand il y a toute une organisation derrière ? À un moment donné, il y a forcément des questions qui fâchent. Comment faire quand une décision scandalisera un groupe, que son contraire en irritera un autre et que l’absence de décision serait également critiquée ? L’unanimité relève parfois de l’impossible…

La démarche vaudoise d’Église 29 illustre cet enjeu ; que nous le voulions ou non, ce n’est pas possible de continuer de la même manière. Cela suscite des peurs ; peur de devoir réduire la voilure, peur de se faire bouffer par une autre paroisse plus dynamique et, particulièrement dans la campagne, peur de ne plus avoir de cultes dans son village ou du moins à proximité. 

Ces questions ne sont pas nouvelles ; dans ma première paroisse, j’entendais les récits de paroissiens qui parlaient d’un temps où mes prédécesseurs faisaient le tour de tous les protestants de la paroisse. Je précise qu’il s’agissait d’un temps où le territoire paroissial était plus modeste, les villages nettement plus petits, et où les pasteurs avaient moins de séances et autres obligations.

Nous ne pouvons pas rassurer tout le monde ; certaines peurs sont légitimes et se réaliseront. Les tensions sont inévitables mais nous pouvons rechercher la bienveillance. Quelle que soit notre communauté, nous ne choisissons pas nos coreligionnaires. Jésus et Paul n’appellent pas les forts à corriger les erreurs des faibles mais à en prendre soin. Que nous le voulions ou non, c’est ensemble que nous nous reconnaissons enfants de Dieu ; même si l’autre défend un autre avis, nous nous rappelons qu’il est autant enfant de Dieu que nous-mêmes.

Dans la communauté, l'enjeu n'est pas d'abord d'avoir raison mais de veiller à ce que chacun puisse être en communion avec Dieu, de vivre pour lui. D’un côté, la virulence de Jésus souligne l’importance du respect pour la relation que chacun a avec Dieu. De l’autre côté, chaque fois que Paul fait des vagues, c’est pour s’attaquer à ce qui risque de diviser la communauté et éloigner certains croyants de Dieu.

Je doute que parmi vous il y ait deux personnes qui croient exactement la même chose que moi et même si tel était le cas, ce ne serait pas une source de joie particulière. Ma vraie joie, c'est que nous puissions nous remettre ensemble devant Dieu. Tout comme il faut différentes formes et couleurs de verres pour faire un vitrail, il faut nos sensibilités et nos croyances et pour témoigner de la grâce de Dieu. Surtout, nous ne sommes vraiment crédibles que lorsque nous pouvons traverser les inévitables tensions en restant en lien, en recherchant à nous édifier ensemble.

Je termine en reprenant quelques mots de Philippe Zeissig : « On ne s'aimait pas Seigneur, pour des raisons religieuses ! » … vous nous voyez dire ça, là-haut, devant Dieu ? Il vaudrait mieux pouvoir dire : « On ne pensait pas la même chose, Seigneur, mais, à cause de toi, on s'aimait… ».

Amen.