
La réponse à cette question ne dépend ni de convenances, ni d’un catéchisme bien huilé, mais d’une expérience relationnelle unique. Jésus n’est pas un contenu théologique, mais une personne porteuse d’un projet de vie en Dieu.
Prédication
- Vous avez dit Jésus ?
- Oui.
- J’ai plus de 800 millions d’entrée dans ma machine, vous pourrez préciser ? Sinon, je peux demander à ma collègue.
- Demandez toujours…
[Question posée à l’IA. L’IA explique qui est Jésus.]
Ça, c’est le condensé. Et si vous voulez, elle peut développer, mais ça va prendre du temps. C’est un "digest" de centaines de million d’entrées à propos de la figure du Christ.
Et chez nous, quelques versets de l’Evangile de Matthieu. Ces trois petits mots sur « Qui est Jésus ? » sont au cœur de l’Evangile, bien entendu. Mais aussi au cœur de nos rencontres, de nos lectures, de nos heures solitaires où nous reprenons nos conversations avec Dieu.
Ça devait aussi grenouiller un peu parmi les disciples qui ont accompagné ce Christ. Forcément, marches, repas, enseignement, miracles, ce Jésus a nourri les questions de ses disciples. Et les nôtres aussi. Et peut-être bien nos rêves.
Le rêve de tous ceux qui ont quelques années de pratique de vie de foi, le rêve de ceux qui cherchent un lieu dans lequel ils trouvent des réponses, le rêve de tous ceux qui croient au témoignage commun, le rêve d’une reconnaissance admissible par tous, pour tous, de la personne de Jésus Christ, ce rêve-là se cogne aux réalités de notre temps, de notre foi, de nos luttes, de nos expériences spirituelles, ecclésiales entre autres.
« Qui est Jésus ? »
Ce n’est pas ainsi que la question se pose, nous rapporte Matthieu. Jésus et ses disciples sont en route. Les marches sont longues, et il profite de ce temps avec ses disciples pour aborder une question. En bon enseignant, Jésus va opérer par cercles concentriques.
Relisons le texte avec sa première question : « Au dire des gens, qui est le Fils de l'homme ? »
La rumeur, les on-dit, petit florilège : Jean-Baptiste, Elie ou Jérémie, on reconnait à Jésus une importance et un statut reconnaissable, et sans nul doute, reconnu à travers des figures connues. Probablement que ces réponses-références devaient circuler parmi les communautés visitées.
Jésus ne fait aucun commentaire. Il laisse aller.
Ce qui l’intéresse, c’est ce que ses proches, ses amis, ses disciples qui l’ont vu à l’œuvre, à l’enseignement, aux relations renouvelées, à la polémique, aux miracles, aux transgressions aussi, croient et disent.
Il avance donc sa deuxième question : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Ce qu’attend le Christ, plus que tout autre chose, c’est comment nous comprenons et vivons notre relation avec lui.
Le grand débat qui devait occuper la communauté dans laquelle Matthieu écrivait son évangile, et qui a toujours été, et probablement sera encore pour longtemps, c’est la façon dont nous rendons compte de notre foi.
Non pas sous le parapluie d’une doctrine, d’une institution, voire d’une tradition garante de la vérité. Mais dans ce face à face avec le Christ qui par sa vie, sa mort et sa résurrection rend compte du projet de vie de Dieu pour nous. La polémique se glisse dans l’illusion de penser que plus on en saura sur lui, plus on sera proche de lui.
Revenons au texte : la première question était formulée en ces mots : « Au dire des gens, qui est le Fils de l'homme ? »
La réponse de Pierre, figure emblématique et leader du groupe des disciples, conduit l’auditeur dans une autre dimension : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! »
C’est bien là que les choses se donnent à vivre. Dans la reconnaissance que ce Jésus n’est pas une figure théorique susceptible de calmer nos angoisses, mais bien celui qui nous relie au Dieu vivant. Qui fait de nous non pas des rapporteurs de on-dit, encore moins des consolateurs de traditions, mais des enfants, des femmes et des hommes reliés à Dieu, rendus vivants par Dieu, accompagnés par le Christ.
Au « Fils de l’homme », Pierre répond : « Tu es le fils du Dieu vivant ! »
Tu n’es pas prisonnier de ce que les gens peuvent dire de toi. Tu n’es pas le directeur des catalogues de foi. Tu t’intéresses non pas à ce que les gens disent de toi, mais à ce que les gens vivent avec toi.
Vivre avec le Christ. c’est s’engager dans une relation avec lui. Sans préavis, sans précompréhension, sans préalables, sans mainmise.
Comme une femme étrangère dont l’enfant est malade, comme tous ceux qui sont riches de quelques pains et d’un peu de poissons, comme ceux qui ont peur dans les tempêtes, comme ceux qui n’arrivent pas à se reconnaître respectables, parce qu’ils ne sont pas respectés.
Jésus, en posant ces deux questions, emmène avec lui tous ceux qui l’écoutent et qui sont symboliquement rassemblés dans le groupe des disciples, vous savez, ces gens qui ont été choisis, avant de choisir, ces gens qui souvent n’en croyaient pas leurs yeux, ces gens qui ont vu leur monde s’ouvrir à des horizons insoupçonnés de vie, de pardon, de joie.
Et Pierre est un peu l’architecte de ce moment de passage. D’une déclaration qui n’engage pas, à une parole qui invite à une relation.
D’un « certains disent… » à « Tu es le Fils du Dieu vivant ». Mais laquelle ? C’est ce que je me suis demandé. Le texte s’arrête là parce qu’il ne peut pas façonner ce lien personnel avec le Christ.
Bien sûr, chaque disciple, chaque croyant a sa propre relation avec Lui. La tentation est de vouloir calibrer ce va-et-vient avec Jésus. De vouloir donner des trucs, des clés, des tickets gagnants. Y compris dans cette confession de foi de Pierre que le Christ ne veut pas voir comme le mantra répété indispensable à la relation elle-même.
La consigne de silence réside d’abord dans l’interdiction de ne revendiquer aucune autre source que celle de la mort et de la Résurrection du Fils du Dieu vivant.
Jésus n’est pas un spirituel de plus. Un convertisseur de foules assoiffées de sens, et encore moins un magicien donnant à voir quelques belles illusions.
Non. Jésus est celui qui nous relie au Père. Sans contrainte. Sans violence. Sans attente.
Il a posé sa vie parmi les nôtres pour réengager cette relation à laquelle Dieu lui-même tient tellement. Ce n’est pas une feuille de route. Juste une invitation à ses amis, faite en marchant, comme le cœur de vie de ceux qui la cherche pleinement.
Vivez en lui. Simplement. Juste avec cette affection qui qualifie celle auxquelles nous tenons. Au-delà de tout ce que vous savez - ou vous ne savez pas de lui.
Dans ces quelques mots qui ne cesseront de vous accompagner tout au long de votre vie :
« Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
Amen





