
«Parler d’argent sans culpabiliser»
Le constat est préoccupant. «Nous perdons entre 3 et 4% de dons chaque année», a souligné Joël Rochat, trésorier de l’EPG et membre du Conseil du Consistoire, lors de l’assemblée de juin. Une érosion qui représente environ 300'000 francs de moins chaque année et qui, à terme, fragilise la capacité de l’EPG à accomplir sa mission.
Contrairement à d’autres Églises réformées de Suisse romande, l’EPG ne bénéficie d’aucune subvention publique ni d’impôt ecclésiastique pour le financement de sa mission religieuse. Son fonctionnement repose exclusivement sur la générosité de ses membres et sur les revenus tirés de son patrimoine. Les comptes 2025 révèlent toutefois une note encourageante: le nombre de ménages versant un don à l’Église a légèrement progressé pour atteindre 4443 foyers.
Pour les responsables de l’institution, le message est clair: le patrimoine ne remplacera pas l’engagement des membres. «Les dons resteront centraux», a insisté Emmanuel Rolland, secrétaire général adjoint de l’EPG. Car si l’immobilier offre une stabilité bienvenue, il ne saurait constituer l’unique réponse aux défis financiers de l’Église.
Aujourd’hui, seuls 25% du budget annuel sont assurés par des revenus pérennes issus des placements financiers, du patrimoine immobilier et des contributions solidaires des paroisses. Les 75% restants doivent être trouvés chaque année. La question est donc de savoir comment financer durablement une présence ecclésiale au service de la population. L’EPG entend poursuivre la valorisation de son patrimoine immobilier. Plusieurs projets doivent générer des revenus réguliers. À Cartigny, un immeuble d’une dizaine de logements devrait permettre de financer l’équivalent d’un poste pastoral. À la Servette, le futur immeuble de 45 appartements pourrait couvrir quatre équivalents plein temps.
«Mais cette stratégie a ses limites», explique Stefan Keller, secrétaire général de l’EPG. Ces projets complexes prennent du temps. Surtout, ils ne dispensent pas les membres de leur propre engagement.
Responsabilité
Cette réflexion rejoint le thème de l’année 2026-2027 de l’EPG: la responsabilité. Une responsabilité qui repose sur l’ensemble des protestants genevois. L’EPG rassemble environ 45'000 personnes. Pourtant, moins de 15% des ménages contribuent financièrement à la vie de l’institution. «Ce n’est pas assez», estime Joël Rochat.
«Le défi consiste à parler d’argent autrement. Sans culpabiliser», souligne Stefan Keller. Aussi, les ministres sont encouragés à évoquer la question des dons, non pour transformer les actes ecclésiastiques en prestations tarifées, mais pour éviter le malentendu selon lequel tout serait financé par d’autres.
Les débats ont montré la délicatesse de cet exercice. «Je tiens à la gratuité des actes ecclésiastiques pour l’accompagnement des familles en deuil ou dans les situations de grande fragilité», a relevé la pasteure aumônière Elisabeth Schenker. Informer sur la possibilité d’un don ne signifie pas faire payer un service, a rétorqué Emmanuel Rolland. Il s’agit plutôt d’offrir la possibilité de soutenir une œuvre jugée utile.
Car derrière ces dons, se cachent des réalités concrètes: cultes, visites, catéchèse, activités pour les enfants, accompagnement des familles et présence auprès des personnes isolées ou endeuillées. Il y a aussi des personnes engagées au service de l’Église. Le Conseil du Consistoire a réaffirmé sa volonté de maintenir une quarantaine d’équivalents plein temps en postes pastoraux, estimant qu’il n’était plus possible de réduire davantage les effectifs sans compromettre le cœur de la mission.



