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« La laïcité protège l’islam »

 
2 min de lecture
Interview
Dans son livre « Encadrer l’islam et lutter contre l’islamisme », le chercheur et doctorant en droit public Dominique Lansiaux affirme que la loi de 1905 sur la laïcité protège l’islam, comme toutes les autres religions d’ailleurs.

Pourquoi dites-vous que la laïcité protège l'islam ?

Parce que la liberté religieuse de la loi de 1905 impose que l’exercice de l’islam s'effectue dans le respect de l'ordre public, ce qui n'est pas le cas de l'islamisme. Dans ce texte fondateur, le Conseil d’État reconnaît l’existence d’un principe de « liberté de religion » ; il qualifie la liberté de culte de « liberté fondamentale » et considère qu’il existe « un principe constitutionnel de liberté d’expression religieuse ». La République garantit ainsi le respect du libre exercice du culte musulman, en assurant la liberté de conscience pour tous les citoyens et en fournissant les instruments au service de la pratique de l’islam.

Vous soulignez l’importance de faire la distinction entre islam et islamisme…

Effectivement. L’islam est une religion pratiquée par près de deux milliards de croyants dans le monde, tandis que l’islamisme, en tant qu’idéologie politique, vise à s’imposer comme autorité légitime en mobilisant des ressources religieuses et en recourant à la violence. Bien que l’islamisme se définisse comme une pratique religieuse se réclamant de « l’islam », son exercice porte atteinte à l’ordre public. Il aspire à purifier l’islam de ses « scories occidentales » en vue de rétablir le califat. C’est le refus de tout modèle démocratique.

Comment expliquez-vous l’émergence de l’islamisme ?

L’islamisme est souvent considéré comme la résultante d’une misère socio-économique, de l’abandon des banlieues par l’État et d’une forme de nihilisme y trouvant un support à la volonté de radicalité. D’autres considèrent, au contraire, la radicalisation de l’islam ou encore une réaction des musulmans face à l’Occident colonisateur et impérialiste. Ces interprétations sont toutes justes et ne s’excluent évidemment pas.

Y aurait-il moins de risque de radicalisation dans une frange de cette communauté si les musulmans se sentaient accueillis et respectés ?

La radicalisation n'est pas le fait de l'accueil réservé aux personnes de culte musulman, puisque nous avons beaucoup de Français de souche qui se convertissent à l'islam puis dérivent vers l'islamisme. Le problème vient de la diversité de l'islam qui n'a pas d'instance unique, comme les protestants par exemple, pour discuter avec les pouvoirs publics et parler à sa communauté de fidèles.

Pourtant, dans votre ouvrage, vous parlez de l’échec de la reconnaissance et de l’intégration par le travail des premiers musulmans arrivés en France, avec pour conséquence un sentiment d’exclusion…

Je ne suis pas sociologue et ne peux donc pas répondre à la question de savoir pourquoi certaines personnes se radicalisent. L'accueil a été identique pour certaines personnes devenues professeur d'université, médecin, artiste ou avocat. Cela dit, il est indéniable que certaines promesses faites aux Beurs n'ont pas été tenues et qu’ils ont légitimement été déçus. Mais si les conditions d'accueil ont pu conduire certains à l'islam rigoriste, elles n'ont certainement pas mené à la radicalisation violente d'aujourd'hui. À mon humble avis, la raison est à trouver ailleurs comme dans l'absence de structure dans l'islam sunnite, structure qui autoriserait une autorité capable d'indiquer aux fidèles ce qu'est la bonne pratique de l'islam.