
Ouvrir l’œcuménisme aux questions contemporaines
La « CTEC », voilà un nom bien curieux pour un lieu de rencontre unique en Suisse. Mais c’est ainsi qu’on en parle dans les milieux intéressés. Et, en dehors de ces cercles, peu de personnes connaissent la Communauté de travail des Églises chrétiennes, rassemblant douze confessions de notre pays. C’est pourtant un organisme « qui ne traite pas des grands dossiers théologiques, très techniques, mais qui souhaite favoriser la dimension relationnelle de l’œcuménisme », souligne d’emblée Anne Durrer, secrétaire générale de l’institution depuis 2017 et jusqu’à la fin de ce mois de septembre. « De plus, les préoccupations de ce groupe de travail s’attachent à de nombreuses questions sociétales contemporaines », ajoute son successeur, Florian Lüthi, entré en fonction il y a quelques semaines.
Tous deux proviennent de l’Église catholique romaine, qui représente l’un des deux poids-lourds institutionnels de la CTEC. L’autre étant l’Église réformée suisse, qui abrite son secrétariat général. « Une fonction limitée à un seul poste à mi-temps, bien modeste face à l’ampleur de la tâche », reconnaît Anne Durrer. Sans compter la diversité des membres de la plateforme. On peut citer les Églises anglicane, méthodiste ou luthérienne, l’Église catholique-chrétienne, mais aussi différentes juridictions orthodoxes ainsi que l’Armée du Salut ou la Fédération baptiste.
S’intéresser à l’autre avec respect
« Au sein de ce concert d’Églises, récapitule Anne Durrer, j’ai découvert des théologies souvent différentes. Mais en connaissant les gens qui les incarnent, on parvient à s’y intéresser avec respect, même si on ne partage pas nécessairement leur discours. » Pourtant, admet la secrétaire générale sortante, « l’unité ne sera pleine que lorsqu’on pourra partager la même table eucharistique ». C’est que toutes les Églises ne s’accordent pas mutuellement l’hospitalité à la messe ou à la cène. Un différend qui dépasse le cadre local et dès lors les compétences de la CTEC. Laquelle préfère alors se concentrer sur la mise sur pied d’événements œcuméniques (notamment les rencontres du Forum chrétien), des prises de position communes ou une présence chrétienne dans l’espace public.
Pour favoriser les relations, la Communauté de travail des Églises chrétiennes prépare des célébrations communes à l’échelon national : pour la paix en Ukraine, ou à l’occasion des 1700 ans du credo de Nicée, ou encore en lien avec la sauvegarde de la Création. « C’est sur ces thématiques qu’une rencontre est possible, commente Florian Lüthi : on ne parviendra pas, à notre niveau, à régler les grands désaccords théologiques ; mais on peut déjà vivre ce qui est commun, puisque nous partageons la même confession de foi, ainsi que les mêmes préoccupations pour la paix ou la préservation de la Création. »
Et le nouveau coordinateur de la CTEC d’ajouter : « Dans une société qui se sécularise, les divisions au sein du christianisme sont toujours moins compréhensibles : pour être entendu, il faut apparaître en tant qu’Églises chrétiennes. C’est ce que nous voulons favoriser. Car les étiquettes confessionnelles ne disent souvent plus rien aux gens. »
Défendre le dimanche
Dans le débat public, la Communauté de travail des Églises chrétienne est loin de vouloir soulever des disputes : ses responsables espèrent « confesser les valeurs communes qui animent les Églises : si l’on pense aux enjeux de l’intelligence artificielle, par exemple, ou des nouvelles technologies, nous voulons rappeler la place centrale de l’humain », détaille Florian Lüthi. Un des grands défis pour la CTEC, qu’identifie dans ce contexte le Biennois de 37 ans ? « La défense du dimanche comme jour férié. Un engagement que nous pouvons mener avec d’autres partenaires », envisage ce parfait bilingue, également actif au sein de Vox Ethica, le service catholique d’éthique dans notre pays. « C’est une forme de lobbyisme où la voix chrétienne peut faire entendre des valeurs communes en faveur de l’humain ou de la Création », confirme Anne Durrer.
Au calendrier de la CTEC Suisse
21 novembre : Célébration œcuménique nationale à la collégiale de Neuchâtel à l’occasion de la ratification de la version révisée de la Charte œcuménique européenne.
10 décembre, Journée des droits humains : publication d’une impulsion pour les Églises en lien avec ce thème. Le texte proposera des pistes de réflexion et des textes bibliques pour une célébration ou un débat.
Du 18 au 25 janvier, Semaine de prière pour l’unité des chrétiens : la CTEC propose le matériel pour les paroisses et les groupes de prière ou de réflexion.





