
Commerce équitable : deux invitées de TerrEspoir témoignent
« L’un des plus grands défis dans la culture de l'ananas, c'est le désherbage à la main. La fondation de commerce équitable TerrEspoir et la certification bio exigent une absence totale de produits chimiques dans les champs. C’est très contraignant, car désherber mon champ à la main représente énormément de travail », déclare Élise Chefin, cultivatrice d'ananas pour la coopérative partenaire de TerrEspoir au Cameroun.
Malgré ce surcroît de travail, Élise Chefin vit correctement de son activité agricole, grâce à une filière développée entre le Cameroun et la Suisse par TerrEspoir. « Quand vous achetez un de nos ananas, vous aidez une personne à faire vivre sa famille, à envoyer ses enfants à l’école et à donner du travail à du personnel agricole », explique Marion Record, coordinatrice de TerrEspoir. La fondation garantit aux producteurs des prix justes et des débouchés stables, avec une filière directe qui les libère des intermédiaires.
En l’occurrence, les producteurs sont en majorité des femmes. « Il faut comprendre que dans les campagnes camerounaises, c'est la femme qui nourrit la famille et fait en sorte que les enfants aillent à l'école. Le fait de nous soutenir revient à soutenir les familles et la scolarisation des enfants », ajoute Blanche Djou, coordinatrice de la coopérative partenaire de TerrEspoir au Cameroun.
Tournée en Suisse
À l’occasion des 30 ans de la Fondation TerrEspoir, Élise Chefin et Blanche Djou sont de passage en Suisse romande jusqu’au 5 novembre pour témoigner de leur expérience du commerce équitable. Elles s’arrêteront dans plusieurs villes pour rencontrer la population (lire encadré). On attend entre 400 et 500 personnes sur l’ensemble des dates. Au programme : des échanges avec le public, des présentations, des dégustations, des débats, une table ronde et une journée « portes ouvertes » le 31 octobre à Bussigny.
« Le but premier est de sensibiliser le public à la provenance des fruits et aux réalités de leur production par l’intermédiaire de témoignages directs », précise Marion Record. Les deux invitées ont été choisies pour pouvoir proposer deux regards complémentaires : celui d'une coordinatrice impliquée dans le développement d'une filière agricole et celui d'une productrice confrontée aux réalités du terrain.
Un coup de tête
TerrEspoir a été créé il y a 30 ans par l’ex-fondation Pain pour le prochain (laquelle a fusionné avec l’Entraide protestante suisse en 2021) et le Département missionnaire des Églises de Suisse romande (DM). « Pour raconter l’histoire brièvement, les deux organisations ont envoyé des agronomes au Cameroun au début des années 90. Ils ont tellement bien travaillé avec les familles paysannes que ces dernières se sont dit qu’il leur faudrait une filière de distribution à la hauteur de leurs nouvelles capacités de production. Et les agronomes qui s’étaient liés d’amitié avec elles leur ont répondu, un peu sur un coup de tête, qu’ils allaient vendre leurs fruits en Suisse. »
Depuis le début, la Fondation TerrEspoir travaille exclusivement avec de petits producteurs du Cameroun, principalement dans la région ouest du pays. « Les mangues, par exemple, viennent de la zone anglophone du Nord-Ouest, qui est en conflit depuis plus de dix ans. Nous parvenons toujours à maintenir nos activités là-bas », souligne Marion Record. Le commerce équitable fait également face à un défi logistique, car les champs des producteurs se trouvent dans des endroits reculés. « Pendant la saison des pluies, les routes sont difficilement praticables », relève-t-elle.
Des fruits qui ont du goût
Les fruits exotiques – ananas, avocats, banane-pomme Tikou, banane rose, mangue émeraude, papaye – sont valorisés en Suisse via des circuits courts et malgré la concurrence des grandes surfaces. Ils sont principalement en vente sur le site de la fondation TerrEspoir. « On peut les acheter comme n’importe quel produit sur internet. La différence, c'est que le client n’est pas livré du jour au lendemain, car au moment où il passe commande, les fruits sont encore sur l’arbre et on les coupe à la demande, pour éviter le gaspillage. Nous faisons donc de la vente directe du producteur au consommateur », affirme Marion Record.
Rien à voir avec le modèle d’affaires des grandes surfaces, où les bananes, pour ne prendre que cet exemple, sont cueillies plus d'un mois avant d’arriver dans les rayons. « Elles sont d’abord mises au froid pour être transportées, puis elles sont placées en chambre de mûrissement pendant des semaines. Il y a des traitements pendant après la culture. Ainsi, les ananas subissent très souvent un procédé chimique appelé le déverdissage, réalisé par pulvérisation d'un produit qui leur donne une belle couleur jaune. On ne sait pas qui les a cultivés ni dans quelles conditions et, au niveau du goût, ce n’est pas du tout pareil. »
À noter que l’on trouve également les fruits cultivés par Élise Chefin et la centaine d’autres familles camerounaises soutenues par TerrEspoir dans les Magasins du Monde, certaines épiceries bio ou solidaires, sur le marché des fruits et légumes à Lausanne, dans la petite boutique de TerrEspoir à Bussigny et sur certains marchés de Noël.
Toutes les dates
27 octobre : Genève
28 octobre : Lausanne et Fribourg
31 octobre : Bussigny
2 novembre : Neuchâtel
4 novembre : Nyon
5 novembre : Martigny
Programme complet : 30 ans de la Fondation TerrEspoir.
TerrEspoir en quelques chiffres
4'000 tonnes de fruits importés en Suisse depuis 1992
100 familles productrices au Cameroun
400 enfants bénéficiant d’un soutien à la scolarisation
70 magasins et épiceries desservis en Suisse
2'500 consommateurs solidaires
4 employés en Suisse (EPT)
30 bénévoles
30 réseaux de distribution privés





