
Le dimanche de fête des mères peut raviver des blessures autour de la maternité ou sur nos relations familiales compliquées. C’est pourquoi la réflexion se concentrera sur les liens qui se développent au cours d’une vie. Ceux qui nous engendrent et ceux qui nous enchaînent. Mais aussi nos limites ou impossibilités à engendrer ! Les quatre textes d’Évangile proposés tracent un chemin qui ne nous laisse pas orphelins (Jn 14.18).
Prédication
Prédication dialoguée entre Luce Schwerzmann, lectrice et Emmanuel Schmied, diacre.
(Luce Schwerzmann) Quand j’ai lu le premier texte de ce culte, je me suis dit... Quel fils ingrat, sa mère et ses frères veulent lui parler et voilà qu’il les envoie balader !!
(Emmanuel Schmied) Oui tu as raison, mais nous le savons toutes et tous, il y a des moments où la famille, particulièrement nos parents peuvent nous peser sur le système, parfois ils prennent trop de place, et d’autre fois ils ne sont pas là ou nous les attendons.
C’est vrai, et peut-être que nous aspirons aussi à d’autres relations, avec un besoin d’air, d’espace et d’indépendance.
Mais tu sais, en l’occurrence, dans notre récit, Marie avait de quoi être inquiète au sujet de ce fils atypique qui suscitait l’exaspération des autorités religieuses. Sa famille sentait bien que les événements tourneraient mal. Peut-être voulaient-ils maladroitement le protéger.
C’est peut-être vrai, mais reste que Jésus les renvoie à leurs propres peurs ou leurs principes. De cette façon il affirme sa liberté, son libre arbitre et il questionne ce qui pourrait entraver sa mission.
Effectivement cette réponse surprenante de Jésus n’est surement pas une réaction d’énervement ou de ras le bol, comme nous pourrions l’entendre. C’est sûrement pour cela qu’il choisit d’ancrer sa réponse dans un fondement théologique qui élargit les liens familiaux.
Aha, cela veut dire que pour Jésus le lien du sang n’est pas une source de « passe-droit » ! Sa maman, ses frères devront prendre leur ticket et attendre leur tour, comme tous les autres. Cette réponse de Jésus, que je lis le jour de la « fête des mères » a de quoi interpeler: « Qui est ma mère, qui sont mes frères et mes soeurs ? »
La suite de la réponse de Jésus est tout aussi questionnante: « Celui ou celle qui fait la volonté de mon Père est pour moi un frère, une soeur et une mère ». Avec cette affirmation, nous pourrions nous demander : Est-ce que les disciples de Jésus accomplissaient plus « la volonté de son Père » que sa propre famille ?
Je ne pense pas que Jésus sous-entende cela…
Mais, je me demande s’il n’est pas en train de mettre un fondement de plus au Royaume de Dieu: ce Royaume, cet espace, cette réalité dans laquelle en Dieu il n’y a pas de différence, pas de « passe-droit ». Pour Jésus chacun et chacune est bénéficiaire de la même attention.
Cela me fait penser au verset de la lettre de Paul aux Galates : « Car vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui vous lie à Jésus Christ (...) En Christ il n'y a plus ni Juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni citoyen libre, il n'y a plus ni homme ni femme. » Il n’y a même plus les frères et sœurs ou la mère de Jésus.
Mais reste la question de se demander ce que cela veut dire « Faire la volonté de Son Père » ou, dans le texte de Jean 14 : « Celui qui m’aime est celui qui reçoit et obéit à mes commandements. »
C’est une question délicate, car nous glissons assez facilement sur une foi où l’obtention de la grâce divine dépend de notre volonté, de notre capacité à faire et à obéir.
Oui, c’est sûr... pas de chance pour les cancres, les atypiques, les écorchés, les révoltés et les insatisfaits !!
Notre tradition protestante insiste sur la grâce seule, et je m’inscris dans la préservation de ce principe qui se dégage de beaucoup de textes bibliques.
Mais alors, qu’est-ce faire « la volonté du Père » afin d’être « frère, soeur, mère » de Jésus ?
Si on regarde les Évangiles, lorsque Jésus parle de la volonté du Père, il ne parle pas d’abord de performance mais il parle de relation et de confiance. Il invite ses auditeurs à se laisser rejoindre par Dieu. Alors que penses-tu si nous ajustons la réponse de Jésus à ses disciples de la manière suivante: « Celui ou celle qui est habité du désir de Dieu, mon Père… Celui-ci est mon frère, ma sœur et ma mère… »
Le désir de chercher, d’être ouvert à cette relation avec Dieu, le désir de lui laisser une place ? Ce désir de donner du poids et de l’importance à Dieu dans sa vie ?
Effectivement, j’ai cette impression. Et cela rejoint le deuxième texte qui a été lu avec l’invitation à « naître du souffle, enfin du vent, bref de l’Esprit de Dieu ».
Ces trois mots différents en français : souffle, vent et esprit, qui sont semblables dans notre texte biblique. Ainsi nous pourrions dire que le lien qui unit et réunit, au-delà des origines familiales, le lien qui nous engendre « en Dieu », c’est le souffle, le vent, l’Esprit !
Oui, en fin de compte, ce sont les courants d’air !
Cela me fait penser à un de mes rôles de maman. Je ne sais pas pour les autres femmes, mais j’avais cette habitude d’aérer les chambres pour que cela ne sente pas le renfermé !
Oui, tu as raison, un peu la même chose dans mon souvenir, ma maman qui venait aérer ma chambre, secouait le duvet… Il fallait mettre de l’air ! La nouvelle naissance, serait-elle cette fenêtre ouverte, ouverture au souffle, au mystère et à la transcendance ?
C’est une nouvelle dynamique à laquelle nous invite Jésus, même si le « bruit » dû au vent peut aussi nous faire peur, surtout que nous ne savons pas d’où il vient, ni où il va !!
Du reste dans nos vies, suivant ce que nous avons vécu, nous aurions tendance à plutôt « fermer la fenêtre » sur certaines relations, et peut-être même, pour quelques personnes, fermer la fenêtre du lien avec sa mère ou son père !
C’est sûr que nous avons parfois subi des relations, des liens ou subi des situations compliquées. Et nous-même, nous avons peut-être aussi eu de la peine à soigner certains liens et certaines relations, engendrant des regrets, de la culpabilité.
Du coup ça sent le renfermé !!
Oui, c’est sur… ! Et du coup, notre Père céleste... j’aime bien dire « notre parent d’en haut », car je crois que le Dieu de Jésus-Christ est autant « père que mère » pour nous !
Donc, notre « parent d’en haut », c’est lui qui ouvre la fenêtre pour aérer nos vies, pour leur redonner de l’oxygène et permettre d’autres possibles !!
D’autres possibles, comme des transformations personnelles ou communautaires ? Comme une nouvelle façon de voir nos liens aux autres et à Dieu ?
Oui je le crois, et du reste, au pied de la croix, sur le Golgotha - je ne sais pas s’il y avait du vent ce jour-là - mais le vent de Dieu était bien présent avec ces paroles qui nous ont été rapportée de Jésus en croix, lorsqu’il dit à sa maman, en train de perdre son propre enfant : « Voici ton fils », et au son disciple qu’il aimait « Voici ta mère ».
Oui, ces paroles venaient un peu de nulle part pour ce petit groupe regardant l’agonie et la souffrance de Jésus. Ces paroles ont transformé une relation, elles ont donné naissance à un autre possible. Le vent a soufflé pour rassembler et permettre à la Volonté du Père de se réaliser. Voilà un amour partagé et accueilli !
Du reste Jésus l’a lui-même dit lorsqu’il promettait que, « le souffle qui révèle la vérité » ne nous laisserai pas orphelins ! Peut-être qu’il ne nous laisse pas orphelin en permettant l’émergence d’autres liens ?
En ce jour de fête des mères, quel que soit notre statut, quels que soient nos liens de filiation, que nous ayons une descendance ou pas, nous pouvons recevoir cette invitation à faire la volonté de notre Père, de notre « parent d’en haut » en...
... en ouvrant la fenêtre pour aérer nos vies, et en entendant la voix du souffle, de l’Esprit, qui permet de restaurer certains liens et d’en vivre de nouveaux.
Voilà que c’est bien dit ! Alors en conclusion de cette méditation, nous écoutons maintenant la chanson « Les Pas » de Claude Nougaro.
Des paroles qui évoquent ces pas qui nous mènent vers l’autre, qui nous mènent vers nous-même. Une illustration possible de cet Esprit, de ce souffle de Dieu qui nous amène inlassablement à Lui, le Dieu de la vie, l’autre, le Tout-Autre, restaurant nos liens et nous permettant d’éclore à de nouvelles relations.
Amen.



