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Temple de Perroy © Cesare Marchitto

Écouter le culte

La terre est non seulement le lieu de nos relations et de nos racines, elle est aussi le lieu de notre relation à Dieu et de notre avenir avec lui. Un monde sans sols habitables deviendrait vite un monde où l’on peine à se relier aux autres et encore plus à Dieu. Que peut faire alors le semeur ? Quand il jette ses graines à tous vents, a-t-il autre chose à nous offrir qu’une image poétique ?

Prédication

Référence(s)
Matthieu
Chapitre
13
Versets
1
à
9

Chers amis,

Je ne vous apprends rien si je vous dis que "semer" consiste à mettre en terre ou répandre à la surface de la terre des graines. On peut semer par exemple des radis — pour les débutants, c’est une bonne option parce que ça marche à tous les coups— ; on peut semer des carottes, des haricots, des petits pois et même du fenouil… si vous aimez ça… ; on peut aussi semer des fleurs, des bleues, des blanches ou n’importe quelle couleur qui vous plaira.

Mais on peut aussi semer la zizanie, semer le doute, semer des fausses nouvelles ou même on peut semer quelqu’un loin derrière soi pour ne plus en entendre parler et s’en débarrasser. Et là, rien de joli, joli, si ce n’est de nous rappeler — comme le fait la parabole —que semer à tous vents peut produire des résultats très différents. 

De fait, Jésus a souvent utilisé les cycles naturels des semailles jusqu’aux récoltes, il l’a fait pour nous révéler des vérités divines, mais cela supposait un cycle plus vaste, un cycle fait de hauts et de bas, un cycle d’alternance entre l’abondance puis le manque, un cycle que personne ne contestait.

Semer à tout vent, c’est très poétique, mais c’est aussi un gaspillage effroyable. Par les temps qui courent, la consigne est plutôt de faire plus avec moins, et donc… ce que les semeurs ont cherché, c’est plutôt l’efficacité. 

Parce que le monde était en pleine expansion et parce qu’il fallait aller de plus en plus vite, les semeurs ont cessé d’attraper des poignées de graines pour les lancer à la volée. Plus besoin de la marche régulière et rythmée du semeur dans les champs, plus besoin de bras et de mains qui s’ouvrent pour disperser les graines. 

Est-ce qu’on devrait accuser les semeurs d’avoir manqué de foi ? Je me demande s’il ne serait pas plus juste de dire qu’ils ont davantage eu foi dans le progrès que foi en Dieu ?

Pour l’ensemble des travaux de la terre, le progrès a trouvé une solution pour que la terre soit plus rentable… plus rentable jusqu’au moment où… le progrès a étouffé le progrès. 

Les vautours ont bien mangé. Les petits oiseaux n’ont plus rien trouvé.

Et la terre a commencé à se dérégler. Et notre relation au monde s’est déréglée. Certains semeurs se sont redressés ; ils ont alerté ; ils ont demandé des comptes ; ils ont tenté aussi de retrouver les gestes bienfaisants d’autrefois, de retrouver un monde autre que celui de l’urgence et du bruit. 

Personne n’oserait affirmer que ces semeurs-là ont oublié Dieu, mais tout de même, n’ont-ils pas trop misé sur leurs propres forces et pas assez sur Dieu ? 

A vrai dire, pas facile quand la machine est lancée à pleine vitesse de faire à nouveau tourner la manivelle dans le bon sens. La tâche s’est révélée largement plus lourde que prévue et sans racines profondes, à la première crise, ils ont laissé tomber.

De fil en aiguilles, le soin et la relation à la terre sont devenus rien de plus qu’une variable d’ajustement. 

Pauvres semeurs ! Pris sous les ronces de la pollution, de la surconsommation et surtout empêtrés dans la certitude que plus rien ne valait la peine d’être fait, ils ont lâché l’affaire. Ils l’ont confiée à Dieu. A lui de s’en sortir : après tout, il est le Créateur. Il doit savoir quoi faire.

Il serait injuste de railler ceux qui ont perdu courage. Il nous arrive à tous d’être submergés. Il nous arrive à tous de prier… juste pour semer dans notre cœur quelque chose de l’ordre de la nostalgie d’un autre monde, un monde entièrement préoccupé par Christ, un monde dans lequel nous pourrions tous vivre entièrement disponibles aux autres et bien sûr à Dieu. 

Parfois, il nous arrive de préférer parler de ce monde rêvé plutôt que de le vivre.  Parfois, on rêve même de pouvoir vivre sur terre la paix promise par Dieu en pensant que, pour qu’elle devienne réalité, le plus sûr chemin serait de demander simplement qu’on nous fiche la paix.

Peut-être même aimerions-nous être dans anges ? Déjà, cela nous éviterait d’avoir besoin de matière sous les pieds et ça règlerait bien des soucis. Pourtant, notre foi ne peut se passer de matière. Pour qu’elle soit fertile, elle ne peut pas être dissocié du soin que nous apportons à ce qui nous entoure et particulièrement au sol sur lequel nos pieds sont posés. 

Cette terre, cette bonne terre si désirable dont nous parle la parabole, elle a besoin d’être un sol vivant, un sol riche de nutriments et de nos bons soins. C’est en cela que nous éviterons le gaspillage et la stérilité des sols. Cette bonne terre, elle est celle dont notre foi a besoin pour grandir, pour s’étirer de la terre jusqu’au ciel. 

Et alors, nous comprenons que rêver de cette paix promise par Dieu, implique de faire la paix non seulement avec nos semblables mais aussi de faire la paix avec la terre et travailler à en faire une bonne terre. 

Je me demande… si le Semeur de la parabole pouvait ajouter ou modifier quelque chose à son histoire, que changerait-il ? Il ne changerait rien. Peut-être qu’il se montrerait tout de même un peu plus insistant en nous demandant de mieux le regarder et faire comme lui. « Utilisez vos mains, nous dirait-il, redécouvrez l’amplitude de votre bras lorsqu’il entreprend le travail des semailles. Arrêtez de semer avec votre tête ! Ne vous contentez pas de rêver ou d’inventer mille combines pour arranger les choses. Convoquez vos cinq sens et travaillez à faire de la terre une bonne terre ». 

Il s’agit de mettre ses cinq sens en action jusqu’à retrouver l’harmonie avec le Vivant. Pourquoi ? Parce que protéger le Vivant, c’est refaire de nous des êtres de cycles et de saison, exactement comme le Christ nous propose. 

Nous appartenons tous à la même Création au même titre que le gros ours, le malin renard, ou la toute petite coccinelle, au même titre que les rivières et le lac, la pâquerette qui pousse sous le chêne où la chouette qui a fait là son nid. En ce sens, la terre se révèle comme le lieu d’une rencontre possible avec Dieu. La bonne terre est le lieu de la rencontre avec Dieu. Elle nous parle de la rencontre avec un Dieu qui n’est pas seulement dans le ciel, mais qui est ici avec nous. Il vit ici avec nous. Il respire à travers toute la création et pas seulement ses créatures. 

La terre a toujours été le réceptacle de sa Parole, alors reprenons les choses au début : il s’agit donc d’aller semer ! Semer, ça consiste à mettre en terre ou répandre à la surface de la terre des graines. On peut semer par exemple des radis — ça souvenez-vous, c’est pour les débutants — ; on peut semer des carottes, des haricots, des petits pois et même du fenouil… si vous aimez ça… ; on peut aussi semer des fleurs, des bleues, des blanches ou n’importe quelle couleur qui vous plaira.

Il suffit de semer partout à la surface de la terre comme le semeur de la parabole. Le geste du semeur existe de toute éternité. Il relève de la gratuité. Il sème l’espérance. Il défie la logique du progrès et la loi du plus fort. Il est cette fleur qui traverse le bitume et nous offre ses pétales ouverts.

Et peu importe si les premières récoltes ne sont pas celles espérées. Le règne de Dieu n’a pas pour vocation d’aplanir toutes les difficultés. Les difficultés font partie du programme, mais elles ne sont pas ultimes.

Il suffit de faire sa part, comme le petit colibri, chacun/e sa part, sans nous préoccuper plus que nécessaire du résultat. Car tout dépend de moi et tout ne dépend pas de moi. Voilà le paradoxe de tout croyant.

Il dépend de moi de revenir à L’Evangile et son message d’amour. Il dépend de moi de rester dans cette quête d’une vie bonne et heureuse. Il dépend de moi de cultiver la compassion, le pardon, l’humilité, la simplicité, la justice et la paix, la paix sur terre et la paix avec la terre. 

Il dépend de moi de toujours semer les graines du royaume, de revenir aux essentiels avec un mode de vie régénératif.

Et ensuite, moi + toi + toi + toi, nous tous, nous pourrons faire plus avec moins. 

Nous pourrons, en communion avec toute la création, produire du fruit au centuple !

Amen