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Chapelle des Arolles ©Ref-Médias

Écouter le culte

La situation planétaire fait souci : dérèglement climatique, perte de la biodiversité, épuisement des ressources. Tout cela interroge et inquiète. L'une des causes de la situation trouve son origine dans l’illusion que l’accumulation des biens va apporter le bonheur. Comment se situer en tant que chrétien face à cela, et comment trouver des critères pour agir juste ?

Prédication

Référence(s)
Deutéronome
Chapitre
30
Versets
19
à
20
Jean
Chapitre
15
Versets
7
à
10

La plus grande supercherie de tous les temps…

La plus formidable tromperie jamais mise en œuvre sur notre planète…

L’emprise civilisationnelle la plus considérable exercée sur plusieurs milliards d’êtres humains…

Qu’est-ce que ça peut bien être ? Qu’est-ce que ça peut bien être… vous demandez-vous sans doute… eh bien je vais vous le dire, moi :

La plus grande supercherie, la plus formidable tromperie jamais advenue consiste à : penser et agir, à vivre comme si les biens matériels étaient en mesure, comme si les biens matériels étaient capables de nous apporter rien moins que… le bonheur. 

Penser et agir comme si l’accumulation des choses, des objets étaient en mesure de combler les faims et les soifs profondes de chacun !

Bien sûr un certain nombre de biens est nécessaire pour simplement vivre sur terre : les besoins vitaux liés à la survie (manger, boire, dormir, se vêtir, respirer)

Mais tout baser sur cela, tout investir sur cela, sans freins, sans limites, accumuler, accumuler, remplir, bourrer jusqu’à plus soif. Non. 

Même si la pub et les algorithmes nous le promettent -on l’expérimente dans nos vies- ce n’est pas la solution. A part les jouissances éphémères produites au moment de l’acquisition des choses et la frénésie induite par leur multiplication, ça n’apporte pas le bonheur… ça peut même produire l’effet contraire et rendre malheureux… par la dépendance que cela induit ! Il en faut toujours plus pour obtenir le même effet !!! A ce propos, la quantité d’antidépresseurs ingérés par nombre d’entre nous en est hélas un indicateur éloquent. 

Mais ce n’est pas que cela, et de loin… Notre manière de penser et de vivre CPC : « croissanciste, productiviste et consumériste » comme le dit si bien le sociologue inspiré Michel Maxime Egger… Ce système CPC produit deux grands scénarios, plus que des scenarios, deux réalités, deux réalités aux effets pervers et dramatiques.

La première : la consommation à outrance se fait au détriment d’une grande partie de l’humanité. Elle est injuste, affame et fait gravement souffrir et mourir des centaines de millions de personnes privées de ce qui leur appartient, de ce qui devrait leur revenir. Elle est injuste aussi car elle prive les générations suivantes (nos enfants et nos petits enfants) de ce dont elles devraient pouvoir disposer… pour simplement vivre.

Remarquez, cette idéologie de la consommation, ce mode de vie, pourrait à la rigueur être soutenable s’il était partagé -équitablement- entre tous les humains. Mais on sait bien que c’est loin d’être le cas, et qu’on est loin d’en prendre le chemin… l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’agrandir. C’est bien grave et c’est bien injuste. Mais sans quantifier la souffrance, ce qui est impossible à faire, il y a, hélas pire, une catastrophe qui concerne non plus seulement ceux qu’on appelle les pauvres, mais tous les humains, nous tous et tout le vivant.

Les conditions d’habitabilité de la planète. Habitabilité, ce joli mot mis en valeur actuellement par le philosophe Baptiste Morizot… 

Vous voyez où je veux en venir ?

Ce mode de vie, notre mode de vie CPC « croissanciste, productiviste et consumériste » repose sur le pillage systématique des ressources naturelles de notre planète et produit la plus formidable prédation jamais exercée par l’humain sur son milieu. Cela conduit aux crises climatiques (la canicule de ces jours en est plus qu’un signal d’alarme). Cela conduit aux pertes de la biodiversité que l’on connait, menaçant l’existence même des grands vertébrés et (bien sûr) de notre espèce.

Pas besoin d’en dire plus, à moins d’être délibérément aveugles (ou aveuglés) on connait le diagnostique. Il est sans pitié.

Voilà, chers amis, la situation. Sommes-nous nous dès lors condamnés à disparaitre en quelques générations ? Après tant de siècles de progression, sommes-nous aspirés dans une rapide spirale d’extinction ? Tout ce que nous avons pu créer de beau et de sublime depuis des dizaines de milliers d’années, tout cela doit-il finir lamentablement dans une terrible autodestruction ? Bref comme le dit ce mot d’humour grinçant : « le dernier qui s’en va éteint la lumière en partant » ?

J’aimerais bien dire NON ici, maintenant, tout de suite -ce serait rassurant- NON comme le disent certains chrétiens qui pensent que Dieu va tout arranger tout seul- mais je dois dire OUI et NON. Oui si nous continuons à vivre comme nous le faisons, oui si l’humanité persiste dans cette voie sans issue, dans cette course au mensonge, (Ps 4,3) oui, nous périrons tous également. 

A notre époque comme jamais dans l’histoire, l’humanité se trouve devant un choix redoutable aux conséquences incommensurables.

Soit elle poursuit dans sa trajectoire matérialiste et mortifère (et je ne parle pas de la guerre qui en rajoute une couche dont on se passerait bien), soit elle opère une réelle conversion, un changement de manière de voir, de penser et d’agir pour s’orienter délibérément vers un autre plan, un plan immatériel, un plan spirituel…

Spirituel, le mot est lâché. C’est un mot à la mode, un mot valise, c’est néanmoins un beau mot qui témoigne d’une belle réalité. Qui dit spirituel dit intériorité, dit invisible, dit réflexion, dit pratique religieuse, dit en tous cas autre chose que consommation, accumulation et prédation, ce qui est déjà pas mal dans notre contexte… 

Toute la question va dès lors être de savoir comment opérer cette transition d’un matérialisme ambiant à une vie spirituelle collective telle qu’elle soit en mesure de limiter (au moins un peu) les effets pervers de notre mode de vie.

Cette question est bien sûr immense

Il y a mille manières de l’aborder, et lorsque je préparais ce message un passage du Premier Testament s’est imposé à moi par sa clarté, sa simplicité, son côté universel et facilement opératoire, le fameux : « choisis la vie ! » de Deutéronome 30.

Les Hébreux, après le long parcours dans le désert, au seuil de pouvoir entrer dans la terre promise, Moïse leur chef convoque le peuple et lui donne de la part de Dieu un formidable enseignement : « voici, je mets aujourd’hui devant toi, la vie et le bien, la mort est le mal. Je te prescris aujourd’hui d’aimer l’éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d’observer ses commandements

La vie et le bien, la mort et le mal : choisis la Vie. 

Ca parait tout bête comme ça, mais c’est formidablement opératoire. A chaque geste, à chaque décision, à chaque acte de ma vie je suis invité à me poser la question : est-ce que je choisi la vie ?

Quand je fais mes courses, quand je mange, quand je travaille, quand je m’habille, quand je voyage… à tous moments je suis invité à prendre du recul, à peser les choses… tous les détails comptent, la vie est faite principalement de petites choses qui s’additionnent et qui produisent in fine ce que nous sommes. 

Vus de cette manière, vous allez répliquer que tout cela est bien prise de tête et que vivre de cette manière est bien compliqué et culpabilisant. 

C’est vrai, c’est moins simple que de se laisser aller en suivant le courant dominant. « Il n’y a que les poissons morts qui vont dans le sens du courant » dit ce proverbe. 

Il faut choisi son camp…

Les enjeux, les enjeux sont considérables, il ne s’agit de rien moins que du destin de notre planète, du vivant qui s’y trouve, de la vie de nos enfants et petits enfants, ce n’est pas optionnel. Et ça passe par chacun de nous, ça ne peut que passer par chacun d’entre nous…

Un petit aphorisme facile à mémoriser peut-être fructueux : « Nous faisons partie du problème, nous faisons donc aussi partie de la solution !»
Dit un peu autrement : si le problème vient de nous… la solution peut donc en conséquence passer par nous !   

Impossible direz-vous ? Nous sommes beaucoup trop peu sur terre pour imaginer infléchir le cours des choses. Moïse voici 3000 ans avait prévu l’objection ! 

11 Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement point au-dessus de tes forces et hors de ta portée.

12 Il n'est pas dans le ciel, pour que tu dises : Qui montera pour nous au ciel et nous l'ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ?

13 Il n'est pas de l'autre côté de la mer, pour que tu dises : Qui passera pour nous de l'autre côté de la mer et nous l'ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ?

14 C'est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique.

Ça se passe de commentaire !  

« Choisir la vie » comme principe éthique (c’est à dire règle de vie) est un joyau pour notre époque plurielle. La vie est une réalité basique, universelle qui se joue de nos différences religieuses ou philosophiques, de nos obédiences ou opinions. La notion de Vie est facile à comprendre. C’est concret et c’est spirituel.

Il est très important que des humains, et tous les humains se lèvent pour défendre la vie contre la mort, la justice contre l’injustice, l’amour contre la haine !!!

Choisir la vie c’est une manière de mettre en œuvre l’amour. C’est aimer.   

Ce n’est pas un moralisme écrasant 

Et Jésus lui-même a des mots définitifs à ce sujet :  il dit :

« Ce qui glorifie mon Père, c'est que vous portiez du fruit en abondance et que vous soyez pour moi des disciples. Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ». Jn 15, 8-11

Il est très important que des femmes et des hommes se lèvent pour attester qu’un autre monde est possible, souhaitable, nécessaire. De combien de canicules aurons-nous besoin encore pour bouger ?

Alors ! Allons-nous continuer à remplir nos existences de ces objets finalement maléfique. Allons-nous continuer à nous laisser séduire par cette manière de vivre mortifère. Allons-nous poursuivre sur des chemins de malheur et de nuit ? 

La réponse tient à chacune et chacun d’entre nous sur cette terre…

Ah, j’allais oublier, il y a une condition toutefois : Accepter de faire partie du problème… et cela, c’est pas gagné !