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Chapelle des Arolles ©Réf-Médias

Écouter le culte

Face aux problèmes de la vie, de la société, c’est vite fait de dire, ou au moins de penser « Je sais comment il faut faire… ». Mais souvent le mal se révèle bien plus compliqué qu’on pensait, donc la solution n’est pas si simple. Quelle lumière peut nous offrir l’Évangile à ce sujet ?

Prédication

Référence(s)
Romains
Chapitre
8
Versets
22
à
27
Matthieu
Chapitre
13
Versets
24
à
30

Ces deux dernières semaines, je les ai passées avec un ami voisin, à marcher en Allemagne sur les pas des Huguenots et des Vaudois du Piémont. Ces Protestants d’il y a 300 ans, voire plus, qui étaient soit réfugiés à la recherche de liberté religieuse, soit carrément déportés de leur pays par un régime qui ne voulaient pas de ces « hérétiques » chez eux. 

Des gens qui, par la force des choses, ont connu dans toutes les fibres de leur être ce qui signifiait l’exil, les chemins de fuite ou de recherche d’un nouveau pays où il faudrait chercher à bâtir une vie nouvelle, loin de tout ce qu’ils connaissaient… Un pays où les gens parlaient une autre langue, avaient une autre culture, d’autres habitudes, une autre mentalité… Des gens qui ne les accueillaient pas forcément à bras ouverts, souvent le contraire…

Certains de ces réfugiés ont eu de la réussite, ont pu créer une entreprise, une fabrique ou un commerce, comme celui qui a introduit la pomme de terre dans le Bade-Wurtemberg. Vous imaginez la Kartoffelsalat sans patates ?

D’autres ont connu l’échec, comme l’élevage de vers à soie à Grossvillars, qui n’a pas pu tenir, avec les mûriers qui ne supportaient pas le climat du nord… Et comme c’était la seule nourriture convenable pour ces vers à soie, l’entreprise n’a pas tenu le coup…

Mais partout, il y a eu des difficultés. Souvent, les gens se sont sentis « résidents temporaires » et se trouvaient face à des gens qui souhaitaient que leur séjour dans la région soit le plus temporaire possible. Pas difficile d’imaginer « un ennemi » leur semer de la « mauvaise herbe », au propre comme au figuré, comme dans la parabole de Jésus que nous avons lue ce matin.

C’est rare qu’on arrive à tout prévoir, à tout maîtriser. C’est presque toujours plus compliqué que ce qu’on pensait au début. N’importe quelle personne qui s’est occupé d’un jardin sait à quel point il est difficile de vaincre les mauvaises herbes.

C’est lorsque nous avons déménagé dans le Gros-de-Vaud, il y a bientôt 40 ans, que j’ai commencé à bénéficier de la bonne sagesse paysanne, qui évite les affirmations trop simplistes. 

 

Comme dans l’histoire du pasteur qui se promène dans son village et voit l’une de ses paroissiennes qui travaille dans son jardin très bien entretenu, avec de beaux légumes et des fleurs de toutes les couleurs. Le ministre s’exclame, «  Ah Madame Bolomey, n’est-ce pas magnifique ce que Dieu nous donne dans la nature ? » - « Oui, Monsieur le Pasteur. Mais vous auriez dû voir dans quel état ce jardin quand le Bon Dieu s’en occupait tout seul… » 

Eh oui, la vision trop simpliste, sans prise avec la réalité parfois difficile et bien plus complexe qu’on veut bien reconnaître, nous prive trop souvent de crédibilité, ou bien nous enferme dans une vision qui nous empêche de nous ouvrir à un regard extérieur qui pourrait nous aider à avoir une approche plus complète – et probablement plus efficace – du problème, et des solutions potentielles. 

L’apôtre Paul, dans sa Lettre aux Romains, n’essaie pas de nier la gravité du problème du mal. Il parle de souffrance, de gémissements, de l’attente d’une délivrance qui tarde à venir, qui dure en tout cas bien trop longtemps à notre point de vue. Et il va plus loin : il dit que notre délivrance est en espérance… et que le propre de l’espérance, c’est de ne pas encore pouvoir la voir de nos yeux.

Il y a des fois quand on fait un chemin de pèlerinage ou de mémoire, où on est bien conscient que le bout du chemin n’est pas encore visible à nos yeux, ni même la fin de l’étape. Il y a des fois où on essaie juste d’arriver à la fin de cette montée… ou de cette descente… Des moments où on ressent la douleur des pieds, la faiblesse des muscles ou des articulations… en tout cas à mon âge ! Et ça fait partie de l’expérience, la reconnaissance des faiblesses, des limites. Non seulement physiques, mais aussi psychologiques, et spirituelles.

Je suis impressionné par l’humilité de l’apôtre Paul dans ce passage que nous avons lu ce matin. Il est vrai que Paul n’est pas forcément réputé pour son humilité… Lui le grand théologien dont les écrits ont servi de base pour tant d’affirmations de l’Eglise à travers les 20 derniers siècles… Et pourtant, dans ce chapitre 8 de sa Lettre aux Romains, Paul parle en « nous » lorsqu’il dit : « Nous qui sommes faibles… nous ne savons pas prier comme il faut… »

 

Wow… pas facile, surtout pour « un homme d’Eglise » d’admettre qu’il ne sait pas prier comme il faut.  Et pourtant… je pense que chacun, chacune de nous a dû connaître des moments où on ne sait pas quoi dire, face au mal…

Ou bien, on dit quelque chose, on se rend compte à quel point ça ne semble pas adéquat… Est-ce qu’il faut mieux préparer sa prière ? Mieux réfléchir avant d’ouvrir la bouche ? Peut-être… mais Paul semble nous dire qu’il faudrait plutôt faire le deuil de la prière parfaite… et simplement laisser l’Esprit de Dieu parler à notre place.

Mais… l’apôtre Paul, serait-il contre la prière ? Est-ce qu’il nous dit qu’il faut arrêter de prier nous-mêmes, et tout laisser à l’Esprit de Dieu ?

Ses références à ses propres prières sont nombreuses dans les lettres qu’il a écrites aux chrétiens du 1er siècle. Notamment, entre autres, dans sa lettre aux Ephésiens : 

« 15 C'est pourquoi moi aussi, après avoir entendu parler de votre foi dans le Seigneur Jésus [et de votre amour] pour tous les saints, 16 je ne cesse de dire toute ma reconnaissance pour vous lorsque je fais mention de vous dans mes prières. 17 Je prie que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse connaître. 18 Je prie qu'il illumine les yeux de votre cœur pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s'attache à son appel, quelle est la richesse de son glorieux héritage au milieu des saints 19 et quelle est l'infinie grandeur de sa puissance, qui se manifeste avec efficacité par le pouvoir de sa force envers nous qui croyons… » 

Non, Paul sait très bien combien la prière que nous exprimons est importante pour nous. Je crois qu’il veut simplement préciser nos limites, et nous donner une espérance, même lorsque nous avons de la peine à formuler nos prières.

Je n’oublie pas une soirée œcuménique que j’ai vécue à Genève il y a de nombreuses années, où la personne qui présidait la rencontre a demandé à un prêtre de clore la soirée avec une prière. Et ce frère, jésuite appenzellois ayant vécu très longtemps en Inde, s’est levé et a commencé sa prière ainsi : « Seigneur, je n’ai pas envie de prier… »

 

La franchise et la simplicité de sa prière, en toute humilité, a fait un bien fou à l’assistance. Et a laissé une place à l’Esprit de Dieu de nous toucher, de nous aider à prier… autrement.

Trop souvent, nous sommes tentés de dire : « Je sais ce qu’il faut faire… » sans prendre le temps de laisser place à l’Esprit de Dieu. 

Pour les serviteurs dans la parabole de l’ivraie et du bon grain, on peut presque entendre l’un d’eux dire : « J’ai une idée ! On pourrait enlever la mauvaise herbe. Qu’est-ce que tu en penses, maître ? »  Et voilà, le maître leur explique pourquoi ce n’est pas une bonne idée. En bref, il leur rappelle l’objectif de ce champ de blé : ce n’est pas de détruire le mal, ou l’ennemi ; c’est d’avoir une bonne récolte.

Comme le marcheur essaie de focaliser ses efforts sur les objectifs positifs de son parcours, en trouvant le bon équilibre par rapport aux obstacles et à ses faiblesses qu’il ne doit pas sous-estimer. 

Notre monde actuel nous fournit tant d’exemples de soi-disant « leaders » qui disent haut et fort « Je sais ce qu’il faut faire !... »

  • Pour l’avenir de la planète…
  • Pour l’économie…
  • Pour gagner la Coupe du Monde…
  • et bien entendu, le fameux « Je peux mettre fin à la guerre en 24 heures… »

Pour moi et mon épouse, face aux désagréments causés par tel procédure, telle disposition des choses qui ne nous semble pas très logique, on se dit très souvent, quasi chaque semaine : « Mais pourquoi ne nous ont-ils pas demandé à nous comment il fallait faire ? ça aurait été beaucoup plus simple pour tout le monde ! »

Trop souvent, les « solutions » choisies pour résoudre ces problèmes ne tiennent pas compte des complexités de la situation, et ne font que compliquer, voire empirer les choses. Trop peu sont les voix qui osent dire « Je ne sais pas tout…  J’ai besoin de ton aide – et de l’aide de Dieu – pour voir plus clair. » 

Essayons un peu plus d’humilité. Et, ensemble, avec l’aide de Dieu, nous verrons plus clair… et notre fardeau sera plus léger à porter.

Amen.